Un an après le procès historique, le combat des victimes continue
Elles se sont rassemblées symboliquement ce mardi devant les marches du tribunal de Vannes, lieu où s'est ouvert il y a exactement un an le procès de leur bourreau. Le 24 février 2025, la cour criminelle du Morbihan plongeait dans l'horreur en examinant la plus grande affaire de pédocriminalité jamais jugée en France. Sur le banc des accusés, Joël Le Scouarnec, un ancien chirurgien jugé pour viols et agressions sexuelles sur 299 victimes, presque toutes mineures.
Après trois mois d'audience particulièrement éprouvants, il a été condamné à la peine maximale de vingt ans de réclusion criminelle. Malgré cette décision, le collectif de victimes de Joël Le Scouarnec poursuit son combat avec un message clair : « Plus jamais ça ». Manon Lemoine, l'une de ses porte-voix, revient sur les attentes et surtout les promesses non tenues dans cette affaire « qui aurait dû faire date ».
Une souffrance persistante malgré le verdict
Manon Lemoine fait partie du collectif des victimes de Joël Le Scouarnec, qui s'est créé pendant le procès du pédocriminel. Un an après l'ouverture de ce procès très éprouvant, elle témoigne : « Moi, je vais bien mais c'est loin d'être le cas pour tous les membres du collectif. Il y a eu des suicides, certaines personnes sont en hôpital psychiatrique, d'autres sous antidépresseurs ou en arrêt de travail. »
Le verdict n'a pas clos l'affaire, d'autant que le procès au civil est toujours en cours. La souffrance reste omniprésente, avec des conséquences psychologiques, sociales, familiales et professionnelles qui perdurent. Les victimes sont toujours engagées dans un long processus de reconstruction, rendu plus difficile par le manque d'accompagnement approprié.
Des promesses politiques qui tardent à se concrétiser
Depuis le verdict rendu fin mai, le collectif a multiplié les rencontres avec des politiques et des institutions, comptant une quarantaine de rendez-vous au niveau national et local. Certains députés comme Frédéric Valletoux, Sandrine Rousseau ou Erwan Balanant ont apporté leur soutien continu. Cependant, peu de mesures concrètes ont été mises en place et de nombreuses promesses restent non abouties.
Le comité de suivi interministériel, promis le 18 juin, ne sera finalement opérationnel que le 27 mars, après plusieurs reports. Un groupe de travail parlementaire se met également en place à l'Assemblée nationale entre la commission des affaires sociales et la commission des lois. Mais le temps politique, extrêmement long, déstabilise les victimes qui craignent que les changements nécessaires ne se fassent attendre encore longtemps.
Une affaire qui aurait dû faire date
Manon Lemoine insiste : « Cette affaire aurait dû faire date et aurait dû permettre de changer les choses en profondeur. Sur le traitement des victimes, sur l'écoute des enfants, sur la protection des lanceurs d'alertes, sur la prise de conscience institutionnelle... Mais rien n'a été fait depuis et on voit que de nouvelles affaires éclatent aujourd'hui. »
Le collectif appelle à tirer tous les enseignements de cette affaire, à mettre en lumière les dysfonctionnements et les défaillances qui ont conduit à cette tragédie pour éviter qu'elle ne se reproduise. Le travail reste considérable pour protéger les enfants et garantir que de tels crimes ne se reproduisent plus. Comme le souligne Manon Lemoine : « Si un procès à 300 victimes ne fait pas bouger les choses, combien en faut-il pour que les lignes bougent ? »
Des avancées locales malgré tout
L'affaire Le Scouarnec n'est pas close, de nouvelles victimes continuent d'être entendues. Les carnets de l'ancien chirurgien contenaient tellement de noms que certaines victimes avaient été initialement oubliées. Heureusement, leur prise en charge s'est améliorée.
Dans le Morbihan, une cellule dédiée a été mise en place avec des personnes spécialisées dans les agressions sexuelles. Les victimes reçoivent désormais un appel d'une association immédiatement après leur audition, puis quinze jours plus tard pour s'assurer de leur sécurité. Ces progrès locaux sont salués par le collectif, dont le seul combat reste de dénoncer pour que d'autres n'aient pas à subir les mêmes traumatismes.



