Procès Hansali : l'avocat général pulvérise la défense du meurtrier présumé de Sihem
Procès Hansali : la défense du meurtrier présumé pulvérisée

Un réquisitoire cinglant face à une défense vacillante

« Ce que vous faites, c’est cracher à la figure des victimes. » Mardi 24 mars au soir, par une série de questions courtes et précises, l’avocat général Stéphane Bertrand a littéralement fait voler en éclats la défense obstinée, et difficilement crédible, de Mahfoud Hansali. La famille et les amis de la jeune Sihem ont applaudi à tout rompre le magistrat, dans la vaste salle d’audience du tribunal de Nîmes, avant que le président de la cour d’assises, Christian Pasta, ne leur intime le silence.

L'accusé tente une explication laborieuse

Depuis lundi après-midi, Mahfoud Hansali, quadragénaire athlétique au crâne rasé, avec un collier de barbe et le regard perçant derrière ses lunettes, torse moulé dans un maillot du PSG, tente laborieusement d’expliquer les raisons pour lesquelles il a donné la mort, le 26 janvier 2023, dans un appartement de la Grand’Combe, près d’Alès. La victime était la jeune lycéenne Sihem, cousine de son ex-conjointe Sabrina, qui gardait régulièrement leurs trois enfants.

« Je n’ai rien à cacher », assure l’accusé, qui se comporte pourtant comme si c’était tout le contraire. Sa version, qui a varié pendant l’enquête, est celle qu’il a donnée devant le juge d’instruction : selon lui, la lycéenne, avec qui il aurait eu de temps en temps « des rapports charnels », était « amoureuse » de lui et aurait menacé de révéler leur relation. Sous pression à quelques jours d’un procès d’assises pour braquage, il aurait explosé. « Ce qui s’est passé, c’est de la colère », affirme le quadragénaire, qui s’exprime, tout au long de son procès, du même ton calme et détaché.

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Une défense mise à mal par les témoignages

« Quand vous décrivez la façon dont vous avez porté le corps, j’ai l’impression de voir un reporter de BFMTV », raille l’avocat Mourad Battikh, représentant des parties civiles. Quasiment aucun des témoins qui se sont succédé à la barre depuis le début du procès n’a attesté du moindre début d’une relation sentimentale entre la lycéenne Sihem, une jeune fille « spontanée, souriante et plutôt naïve », selon un de ses amis, et le délinquant multirécidiviste de 21 ans son aîné.

Un psychiatre a décrit Mahfoud Hansali comme présentant « tous les caractères d’une personnalité antisociale ou psychopathique ». Un ancien compagnon « mythomane » et « manipulateur », selon la mère de ses trois enfants, qui l’a quitté un an avant le meurtre de Sihem. Un seul témoin, cité par la défense, l’affirme de façon péremptoire : le père de la meilleure amie de Sihem lui a affirmé que Sihem « était amoureuse » de Mahfoud. « Très amoureuse », aurait confirmé la meilleure amie. Mais celle-ci est venue démentir formellement ce propos : « Elle rigolait de lui. Ce n’était pas quelqu’un qui l’attirait », contredit la jeune étudiante.

Les secrets de Sihem et les contradictions de l'accusé

Sihem avait pourtant des secrets qu’elle ne confiait pas à sa meilleure amie. À sa copine Hayat, elle a raconté un jour dans les toilettes du lycée le « plan foireux » dans lequel voulait l’entraîner Mahfoud : « Elle devait se faire passer pour une nourrice qui était recherchée par un trafiquant de drogue. Et après il allait la prendre en photo pour l’envoyer aux gens qui cherchaient la fille, et il allait donner 10 000 euros à Sihem », témoigne la jeune étudiante voilée. À Lounes, son manager et ami du restaurant Domino’s Pizza, un colosse de 27 ans, Sihem a raconté une séance de tir à la Kalachnikov dans la forêt avec Mahfoud.

« Complètement faux », dément l’accusé, sans hausser le ton. Il affirme sans sourciller que le « plan foireux » - faire passer Sihem pour une nourrice recherchée par un trafiquant de drogue -, pourtant raconté par la lycéenne à plusieurs témoins, « n’a jamais existé ». Quant aux traces de strangulation et de coups portés au visage de la jeune fille avant sa mort, et relevés par les médecins légistes, il n’a « pas d’explication ». Il maintient avoir mis sa main sur la bouche de la jeune femme, jusqu’à ce qu’elle tombe, inerte, et ne lui avoir porté qu’une seule gifle.

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L'estocade finale de l'avocat général

Au terme d’un long interrogatoire, pendant lequel l’accusé a dit « assumer » un geste criminel qu’il n’aurait ni prémédité, ni voulu, l’avocat général a porté l’estocade. « Vous dites que vous avez eu des relations sexuelles avec Sihem. Mais vous ne vous souvenez plus quand, ni combien. Vous êtes sûr que c’était avec Sihem ? » La salle rit. « Oui ». « Vous dites que ce qui vous met en colère, c’est la peur que votre relation avec Sihem se sache, parce que vous vouliez vous remettre avec votre ex-femme. Mais elle était habituée à vos adultères et elle n’était plus avec vous… »

« J’ai en face de moi quelqu’un qui menace de tout révéler, alors que j’ai le projet de me remettre avec sa cousine », maintient Mahfoud, qui s’accroche à sa version. Son avocat, Jean-Marc Darrigade, tente de faire remonter son client du gouffre dans lequel il s’enfonce : « La peine qui sera prononcée, vous l’accepterez ? » « Oui ». « Vous la méritez ? » « Oui », souffle Mahfoud Hansali. Verdict ce mercredi.