Procès Google-Meta : Adam Mosseri rejette l'addiction aux réseaux sociaux
Procès Google-Meta : Mosseri rejette l'addiction aux réseaux

Le procès historique contre Google et Meta s'intensifie à Los Angeles

Le procès civil intenté contre les géants technologiques Google et Meta se poursuit avec intensité devant un tribunal de Los Angeles. Cette affaire judiciaire d'envergure cherche à établir si les entreprises ont délibérément conçu leurs plateformes, notamment YouTube et Instagram, pour encourager une consommation excessive chez les jeunes internautes, au détriment manifeste de leur santé mentale.

Le témoignage crucial d'Adam Mosseri

Mercredi, Adam Mosseri, le dirigeant d'Instagram, est devenu le premier patron de la Silicon Valley à témoigner dans ce procès. Le quadragénaire a catégoriquement rejeté la notion d'addiction aux réseaux sociaux, lui préférant le terme d'« utilisation problématique », un vocabulaire propre à sa société. « Il est essentiel de différencier l'addiction clinique d'un usage problématique », a-t-il soutenu avec conviction face à l'avocat de la plaignante, Mark Lanier.

Son interrogatoire, qui s'est étalé sur une journée complète, n'a pas produit de révélations fracassantes mais a servi de répétition générale avant le témoignage très attendu de son supérieur, Mark Zuckerberg, prévu pour le 18 février. Les débats judiciaires, programmés jusqu'au 20 mars, doivent permettre aux douze jurés de déterminer la responsabilité des entreprises dans la conception délibérée de plateformes favorisant des comportements excessifs.

Le cas emblématique de Kaley G.M.

Le dossier se concentre particulièrement sur le parcours de Kaley G.M., une Californienne aujourd'hui âgée de 20 ans. Cette jeune femme a commencé une utilisation intensive de YouTube dès l'âge de six ans, avant de s'étendre à Instagram, TikTok et Snapchat. Son cas a été sélectionné pour tester la validité de milliers de plaintes similaires qui accusent les réseaux sociaux d'être responsables d'une véritable épidémie de problèmes mentaux chez les jeunes, incluant dépression, anxiété, troubles alimentaires et même suicides.

« Je suis certain d'avoir déjà dit que j'étais accro à une série Netflix que j'ai regardée tard dans la nuit », a développé Adam Mosseri lors de son témoignage, « mais je ne considère pas que cela équivaut à une addiction clinique ». En réponse, l'avocat Mark Lanier lui a fait reconnaître qu'il ne disposait d'aucun diplôme en médecine ou en psychologie pour se prononcer sur ces questions complexes.

L'expertise médicale en contrepoint

La veille du témoignage de Mosseri, l'accusation avait présenté le témoignage de la psychiatre Anne Lembke. Cette experte a expliqué au jury comment les réseaux sociaux pouvaient constituer une « drogue d'entrée » pour les jeunes, programmant leur cortex préfrontal encore immature vers des comportements addictifs persistants. Face à ces arguments, le patron d'Instagram a rétorqué : « Je n'ai jamais prétendu pouvoir diagnostiquer une addiction clinique », admettant cependant avoir parfois « utilisé ce terme de manière trop désinvolte » par le passé, notamment lors d'un podcast en 2020.

Dans la salle d'audience, des mères d'adolescents décédés par suicide retenaient visiblement leur colère. Certaines avaient campé toute la nuit sous la pluie devant le tribunal pour s'assurer d'obtenir une place dans la salle d'audience.

Évolution des plateformes et dilemmes éthiques

Adam Mosseri a également abordé l'évolution significative d'Instagram au fil des années. « L'Instagram sur lequel Kaley s'est inscrite à l'âge de 11 ans était radicalement différent et présentait beaucoup moins de risques à cette époque », a-t-il expliqué, « car c'était une application plus petite, centrée sur les photos et avec beaucoup moins d'options ». Interrogé sur le dilemme potentiel entre le bien-être des utilisateurs et les impératifs de profit, dont dépend l'essentiel de sa rémunération, il a estimé que « la protection des mineurs avait également un effet positif sur l'activité et les bénéfices ».

« Nous gagnons moins d'argent avec les adolescents », a-t-il argumenté, « car ils cliquent moins fréquemment sur les publicités ». Face à lui, l'avocat de Kaley a tenté, sans succès, de lui faire admettre qu'il pourrait exister une intention stratégique de fidéliser les jeunes utilisateurs le plus tôt possible. « Je m'efforce toujours d'adopter une perspective à long terme », a répété le dirigeant d'origine new-yorkaise, affirmant veiller « à maximiser les avantages et à minimiser les inconvénients ».

Rémunération et décisions controversées

Adam Mosseri a reconnu que sa rémunération était davantage corrélée aux revenus de la plateforme qu'à son salaire annuel de 900 000 euros. Ses compensations en actions peuvent en effet atteindre des montants impressionnants, variant entre 10 et 20 millions d'euros par an.

Confronté à des échanges de courriels internes, le dirigeant a défendu la décision controversée de Mark Zuckerberg en 2020 d'autoriser les filtres de chirurgie esthétique sur Instagram. Cette décision avait été prise malgré l'opposition vigoureuse d'autres cadres de l'entreprise, qui alertaient sur les effets dévastateurs potentiels de ces fonctionnalités sur les jeunes filles. D'autres responsables mettaient quant à eux en avant la nécessité de maintenir ces filtres pour ne pas perdre des parts de marché, dans un contexte de compétition naissante avec TikTok.

Le cœur du litige : algorithmes et personnalisation

Il est important de noter que le procès ne porte pas principalement sur les dangers potentiels des vidéos hébergées par les plateformes, dont la responsabilité concernant les contenus est fortement limitée par la législation américaine. Le cœur du litige réside plutôt dans les algorithmes et les fonctions de personnalisation, accusés d'encourager un visionnage compulsif et excessif. C'est précisément ces mécanismes qui valent ce procès à Meta ainsi qu'à YouTube, dont le patron Neal Mohan doit témoindre le 19 février.

Les entreprises TikTok et Snapchat, également initialement poursuivies dans cette affaire, ont choisi de signer un accord confidentiel avant le début des débats judiciaires, évitant ainsi de comparaître devant le tribunal.