Procès en appel des rugbymen de Grenoble : la cour d'assises de la Charente se penche sur les faits
La cour d'assises de la Charente, statuant en appel, a entamé l'examen approfondi des faits au cœur de l'affaire de viol en réunion impliquant d'anciens rugbymen de Grenoble. Les débats, qui se déroulent à huis clos à Angoulême à la demande de la victime présumée, une étudiante bordelaise âgée de 20 ans lors des événements, ont vu défiler témoins et experts avant de se concentrer sur les circonstances de la nuit du 12 mars 2017.
Les faits en question : une nuit trouble à Mérignac
Que s'est-il passé dans la chambre 908 d'un hôtel de Mérignac, au petit matin du 12 mars 2017, entre 4h32 et 7h25 ? Cette question centrale plane sur le procès. Les accusés sont le pilier irlandais Denis Coulson, le talonneur français Loïck Jammes et le troisième ligne néo-zélandais Roy Grice, âgés respectivement de 22, 22 et 26 ans à l'époque. Les événements surviennent après un match perdu contre l'Union Bordeaux-Bègles, une sortie dans un bar et une troisième mi-temps fortement alcoolisée.
Me Anne Cadiot-Feidt, avocate de la partie civile, est catégorique : « Notre cliente est la victime. Les jeunes gens dans le box ont abusé d'elle. Ils l'ont utilisée comme un objet, comme un ballon que l'on se passe. » Elle insiste sur le fait que « la honte ne doit pas changer de camp », rappelant la gravité des accusations.
La défense plaide le consentement et conteste les peines
Face à ces accusations, les avocats de la défense avancent des arguments diamétralement opposés. Me Denis Fayolle, nouvel avocat de Roy Grice, souligne : « Ce procès n'est pas celui du rugby et de ses éventuelles dérives. On ne juge pas un pack, on juge trois hommes avec leurs différences. » Il décrit un dossier complexe, marqué selon lui par un retentissement médiatique souvent partiel et partial.
Me Fayolle plaidera l'acquittement pour son client, arguant que Grice a passé la nuit avec une autre fille sans problème, qu'il est arrivé en dernier dans la chambre et n'y est resté qu'une dizaine de minutes. Les six autres avocats de la défense, dont Me Corinne Dreyfus-Schmidt pour Denis Coulson, soutiennent que les relations sexuelles étaient consenties. Ils estiment que les peines prononcées en première instance à Bordeaux – douze ans de réclusion pour Grice, quatorze pour Coulson et Jammes – sont « déraisonnables ».
Me Dreyfus-Schmidt distingue cette affaire de l'affaire Pelicot (viols de Mazan), notant que le contexte de décembre 2024 aurait desservi les ex-rugbymen. Elle s'appuie sur une vidéo tournée par son client lors des actes sexuels, d'une durée de cinquante-cinq secondes et vue par la cour, qui montrerait selon elle une jeune femme « active, aux mouvements coordonnés ».
La partie civile dénonce une agression et pointe l'état de la victime
En réponse, Me Gaessy Gros pour la partie civile conteste cette interprétation : « Le film procure un grand malaise. Que voit-on vraiment ? Une jeune femme alcoolisée, les yeux fermés, qui n'a aucune conscience de ce qu'elle fait et qui répond mécaniquement à des ordres sexuels. On voit aussi un protagoniste lui introduire une banane et une bouteille d'eau. Pensez-vous que l'on puisse vraiment consentir à un tel rapport ? »
D'autres éléments accablants ont été présentés aux jurés. Des images de vidéosurveillance montrent la plaignante arrivant en taxi à l'hôtel, titubante, soutenue par Denis Coulson. Un expert toxicologue a estimé qu'elle avait entre 2,2 et 3 grammes d'alcool par litre de sang. Lors de l'instruction et du premier procès, son témoignage est resté constant : c'est la douleur provoquée par une béquille dans son entrejambe qui l'a soudainement réveillée.
Dernières audiences et verdict imminent
Le procès se poursuit ce mercredi avec l'audition de la partie civile et l'interrogatoire des accusés. La cour, après avoir écouté les témoins et les experts, se concentre désormais sur l'établissement des faits et des responsabilités. Le verdict est attendu vendredi, probablement tard dans la journée, mettant fin à une procédure judiciaire longue et médiatisée.
Cette affaire, au-delà des individus concernés, interroge sur les limites du consentement et l'influence possible du contexte sportif. Les avocats des deux camps préparent leurs plaidoiries finales, tandis que la cour d'assises de la Charente s'apprête à rendre une décision qui fera date.



