Procès des revenantes de zones djihadistes : 33 femmes devant la justice française
Procès des revenantes djihadistes : 33 femmes jugées

La justice française se prépare à juger une trentaine de revenantes de zones djihadistes

La justice française s'apprête à juger une trentaine de femmes revenues de zones de conflit irako-syriennes, un dossier complexe qui soulève des questions cruciales sur la radicalisation et la sécurité nationale. Le procès d'Océane Granger, qui débute ce lundi à Paris, marque le début d'une série de procédures judiciaires attendues pour 2026 et 2027.

Océane Granger, première accusée à comparaître

Océane Granger, âgée de 31 ans et originaire de Seine-Saint-Denis, est actuellement placée en détention provisoire. Elle encourt jusqu'à 30 ans de réclusion criminelle et 450 000 euros d'amende. Les accusations principales portent sur son adhésion présumée aux thèses mortifères du groupe État islamique, dont elle a rejoint les rangs en zone irako-syrienne dans la seconde moitié des années 2010.

Outre sa participation à un groupement suspecté de préparer des actes terroristes, il lui est également reproché d'avoir compromis la sécurité et la santé de son enfant, décédé à l'âge de deux ans, en se rendant en zone de guerre pour rejoindre un groupe djihadiste. Son procès, qui doit s'achever mardi, concerne également le père de l'enfant, Amirouche Belounis, né à Paris en 1989, djihadiste recherché sous mandat d'arrêt et présumé mort.

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Un phénomène de masse : les chiffres du départ et du retour

Depuis 2012, les autorités françaises dénombrent 1 490 départs depuis la France vers des zones de conflit, dont 417 femmes majeures parties en zone irako-syrienne pour rejoindre des groupements djihadistes, selon les données du Parquet national antiterroriste (Pnat).

Les retours sur le territoire national concernent 395 majeurs, dont 176 femmes, et 361 mineurs (325 toujours mineurs et 36 devenus majeurs). Les motivations de ces départs sont multiples et complexes. Carole Sun, Française condamnée fin 2025 à dix ans de réclusion, a expliqué lors de son procès s'être radicalisée sur les réseaux sociaux, avec un départ conçu comme un « colmatage » de traumatismes, notamment un viol collectif subi à l'âge de 14 ans.

Une autre femme, condamnée également fin 2025 à huit ans de prison, a évoqué un entourage fanatisé, abreuvé de vidéos d'exactions, et une soumission destinée à expier un adultère.

Les différentes voies de retour en France

Le Pnat distingue plusieurs voies de retour pour ces 176 femmes revenues en France. Parmi elles, 64 ont été renvoyées en France depuis la Turquie via le « protocole Cazeneuve ». Cet accord de coopération, du nom de l'ancien ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, a été signé en 2014 par la France et la Turquie pour organiser le retour sur le territoire des djihadistes français détenus par les autorités turques.

Le Pnat recense également 60 femmes revenues dans l'Hexagone via des opérations de rapatriement depuis le nord-est syrien (cinq opérations depuis 2022 et un rapatriement sanitaire). Carole Sun était par exemple revenue en France le 5 juillet 2022 lors du premier rapatriement massif de mères et de leurs enfants depuis la chute en 2019 du « califat ».

Enfin, 52 revenantes sont rentrées par d'autres voies, notamment via des moyens personnels ou des expulsions depuis d'autres pays que la Turquie.

La situation pénale des revenantes

Concernant la situation pénale des 176 revenantes, le Pnat établit que 34 sont libres sans poursuites tandis que 142 font l'objet de poursuites judiciaires. Parmi ces dernières, huit ont bénéficié d'un classement sans suite ou d'un non-lieu, 43 sont actuellement mises en examen et 33 sont en attente de jugement et renvoyées aux assises (22 en 2026 et 11 en 2027).

Le procès d'Emilie König, considérée comme « l'égérie » française de l'État islamique en Syrie, est particulièrement attendu fin novembre 2026. Enfin, 58 femmes ont déjà été jugées (56 condamnées). Sur les 58 revenantes jugées, 30 l'ont été en correctionnelle, deux ont été relaxées et 28 femmes ont été condamnées aux assises depuis 2018.

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Les peines prononcées varient de cinq ans d'emprisonnement à 17 ans de réclusion criminelle. Le Pnat décrit également les mesures de sûreté des 142 femmes poursuivies : 59 sont détenues (45 placées en détention provisoire, 14 exécutent leur peine).

Parmi les 83 femmes non incarcérées, le Pnat énumère huit non-lieux ou classements sans suite, 26 qui ont purgé leur peine, 17 condamnées suivies en milieu ouvert et enfin 32 sous contrôle judiciaire et/ou assignation à résidence sous surveillance électronique.