Deux chirurgiens jugés à Reims pour la mort d'un enfant après une opération ratée
Le procès de deux chirurgiens jugés pour homicide involontaire dans l'affaire Corentin Jeras, mort à 11 ans des suites d'une opération ratée de l'appendicite en 2014, s'est ouvert mercredi à Reims, au terme d'une odyssée judiciaire des parents de la victime.
Le 31 octobre 2014, Corentin est pris en charge à la clinique Claude-Bernard de Metz pour des douleurs abdominales, diagnostiquées comme une appendicite aiguë. Plusieurs expertises médicales ont depuis démontré qu'une opération en urgence n'était pas nécessaire. Pratiquée le lendemain, l'intervention chirurgicale tourne mal : l'aorte de l'enfant est touchée par erreur, provoquant un choc hémorragique, décelé trop tard. Après neuf heures passées dans le bloc opératoire à Metz, Corentin meurt le lendemain au CHU de Nancy, où il avait été transféré en urgence.
« C'est un accident. J'ai ma part de responsabilité », a reconnu mardi à la barre le chirurgien à l'origine de l'incision de l'aorte, âgé aujourd'hui de 72 ans. Interdit d'exercer par l'Ordre des médecins pendant trois ans après ce drame, il a continué à pratiquer par la suite au Maroc.
« Corentin aurait pu être sauvé » si le chirurgien cardio-vasculaire de garde avait été appelé « plus tôt », a estimé l'autre chirurgien jugé. Également âgé de 72 ans et aujourd'hui retraité, il a reconnu s'être « entêté » à vouloir sauver la situation avec son confrère.
« Ce n'est plus une opération, pour moi c'est un massacre », a déclaré Fatiha Chami, la mère de Corentin, présente au procès avec le père de l'enfant, Pierre Jeras. Tous deux ont choisi de plaider directement leur cause, sans avocats.
« Un déni de justice »
En 2020, le parquet de Reims, où le dossier a été dépaysé à la demande des parents, avait requis le renvoi en correctionnelle pour homicide involontaire des deux chirurgiens qui l'avaient opéré au départ. Mais l'affaire a ensuite tardé à être jugée, les parents ayant vainement tenté de traduire également en justice la clinique Claude-Bernard, l'Ordre des médecins de Meurthe-et-Moselle ainsi qu'un anesthésiste.
En août dernier, la Cour de cassation a définitivement écarté la demande des parents d'élargir le renvoi en correctionnelle au-delà des deux chirurgiens. « C'est un déni de justice », a estimé mardi la mère de Corentin. « Mon fils s'est vidé de son sang sous les yeux de toute une équipe ».



