Procès de Guillaume Bucci : la défense s'appuie sur des messages de la victime pour prouver son consentement
Notre envoyé spécial à Digne-les-Bains rapporte les débats du procès de Guillaume Bucci, jugé depuis lundi pour des faits de viols aggravés, actes de torture et de barbarie, et proxénétisme à l'encontre de son ex-compagne, Laëtitia R., entre 2015 et 2022. « Un homme risque la perpétuité, c'est normal qu'on pose des questions », déclare Me Arnaud Lucien, l'un des avocats de l'accusé.
Laëtitia R., visiblement éprouvée, s'agrippe au pupitre, les bras écartés pour se maintenir debout, et ne retient plus ses larmes. Elle vacille mais se reprend, gardant la tête haute. La défense vient de lire des messages échangés entre Laëtitia et une amie, Lina, adepte de pratiques sadomasochistes. Ces messages, où Laëtitia exprimait son enthousiasme pour des pratiques sexuelles extrêmes, sont présentés par la défense comme des preuves de consentement.
Plus de 4 000 messages ont été échangés entre les deux femmes entre juin 2021 et juin 2022, période où le couple était séparé depuis deux mois. Laëtitia, alors « complètement perdue » et « dans un désarroi total », cherchait des réponses. « Guillaume m'a répété pendant six ans que j'étais une soumise, une nympho, que je ne méritais que ça, que j'aimais les coups, que j'en prenais du plaisir, que j'aimais être humiliée, que je ne comprenais rien aux relations BDSM. Je ne savais plus le vrai du faux », raconte-t-elle d'un trait.
Elle explique avoir contacté un « dominant » auteur d'un livre intitulé « Comment dresser un ou une esclave consentante », qui l'a autorisée à discuter avec Lina, son esclave. Face aux lectures de messages explicites par la défense, Laëtitia s'explique, débordante de peine : « Même au début avec Lina, j'avais du mal à dire la vérité de ce que je vivais réellement. J'avais des réponses toutes faites, que ce soit avec les clients ou avec les hommes que je devais aborder sur les aires d'autoroutes, ou n'importe où. Ce n'était pas mes mots. »
Progressivement, une confiance s'installe avec Lina. « Petit à petit, j'ai réussi à dire mes peurs, mes craintes. Ça les a inquiétés, ils m'ont rassuré sur beaucoup de choses qui n'étaient pas normales pour une relation BDSM », poursuit Laëtitia. « Il (le maître de Lina) faisait très attention à elle, à son état physique et psy. Les violences n'étaient que pendant les séances, pas au quotidien. » Alors que Laëtitia explique avoir pu « être punie après une bêtise d'un de ses enfants ».
Dans le box, Guillaume Bucci écoute, la tête entre les mains, agitant régulièrement son menton en signe de désapprobation. Il ôte brièvement ses lunettes avant de les remettre. « J'ai découvert que dans le BDSM il y avait beaucoup d'échanges, que Lina avait le droit de dire non, de dire "ça, je ne le sens pas" », continue Laëtitia. Elle raconte une balade avec ce couple, sans aucune séance. « Je me suis rendu compte que oui c'était son esclave, mais qu'avant tout c'était sa femme. Ça m'a fait comprendre ce qu'est une relation BDSM avec un dominant bienveillant. La réalité c'est que notre relation n'était pas saine du tout. »
Ces déclarations pourraient-elles faire évoluer la position de Guillaume Bucci ? S'il reconnaît l'intégralité des faits, il estime qu'ils étaient consentis. Il amorce toutefois une autocritique : « J'ai été un mauvais maître », a-t-il concédé après des questions de la présidente de la cour, Estelle Lassaussois. Mais cela ne constitue pas une reconnaissance de culpabilité. « Je pense que j'ai aussi été dépendant, j'ai aussi été sous emprise », considère l'accusé, concluant : « La relation était toxique, c'est clair. »
Le verdict est attendu ce vendredi.



