Judith Godrèche confrontée à la justice pour diffamation : l'ombre des procès-bâillons
Judith Godrèche sera entendue le 19 février par le tribunal judiciaire de Paris, dans le cadre d'une plainte pour diffamation déposée par le réalisateur Jacques Doillon. L'actrice, qui a accusé le cinéaste de viol sur un tournage alors qu'elle n'avait que 15 ans, dénonce sur Instagram un "procès-bâillon", qualifiant cette action judiciaire d'arme classique des agresseurs pour imposer le silence aux victimes.
Qu'est-ce qu'un procès-bâillon ?
Le terme "procès-bâillon" est emprunté à l'anglais SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation). Il désigne des poursuites judiciaires perçues comme visant à dissuader ou freiner la prise de parole publique, sans fondement réel, selon une étude du Sénat de 2023. Ces procédures impliquent les défendeurs dans un contentieux long et coûteux, limitant ainsi la liberté d'expression.
Des exemples notables incluent :
- La journaliste Marie Portolano, poursuivie par Pierre Ménès après son livre "Je suis la femme du plateau".
- Des militantes féministes attaquées par Christophe Girard pour des tweets dénonçant ses liens avec Gabriel Matzneff.
- Florence Porcel, visée par une plainte de Patrick Poivre d'Arvor après ses accusations de viol, plainte finalement retirée.
Une double peine pour les victimes
Pour les personnes qui dénoncent des violences, l'effet est dévastateur. Aux traumatismes subis s'ajoutent des années de procédures, des frais d'avocats élevés, une exposition médiatique intense et une charge psychologique lourde, comme le soulignent la directive 2024/1069 de l'Union européenne et Victim Support Europe. Judith Godrèche évoque dans Le Parisien une stratégie visant à inverser la culpabilité et à imposer le silence aux victimes.
Jacques Doillon, quant à lui, réfute les accusations et n'est poursuivi que comme témoin assisté dans une enquête distincte ouverte après d'autres plaintes pour agression sexuelle.
Un vide juridique préoccupant en France
Contrairement au Canada ou à certains États américains, la France ne dispose pas de loi spécifique pour rejeter rapidement les plaintes jugées abusives. Des collectifs de femmes poursuivies en diffamation ont appelé, dans une tribune publiée par Libération en mars 2024, à des mesures législatives pour rendre ces procédures difficiles, voire impossibles.
Ce contexte met en lumière les défis persistants dans la lutte contre les violences faites aux femmes, où les victimes peuvent se retrouver confrontées à des obstacles judiciaires supplémentaires lorsqu'elles osent briser le silence.



