Ouverture du procès rocambolesque de la loge maçonnique Athanor à Paris
Ce lundi 30 mars 2026, s'est ouvert devant la cour d'assises de Paris l'un des procès les plus attendus de l'année, impliquant des dérives criminelles au sein d'une loge maçonnique. L'affaire Athanor met en scène un casting improbable : un ancien agent de la DGSI, des militaires se réclamant du service action de la DGSE, une coach d'entreprise prétendument affiliée au Mossad et un syndicaliste jugé « gênant ». Vingt-deux personnes comparaissent pour des accusations graves, dont le meurtre avec préméditation.
Treize accusés risquent la prison à perpétuité
Parmi les prévenus, treize encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Le panel inclut quatre militaires, trois policiers dont un retraité des services de renseignement, un agent de sécurité et deux chefs d'entreprise. Les faits reprochés sont multiples : meurtre avec préméditation, tentatives d'assassinat, vol avec violence et violences aggravées. Les audiences devraient durer plus de trois mois, reflétant la complexité de cette affaire à tiroirs.
Une coach d'entreprise au cœur de l'enquête
L'enquête débute par la tentative d'assassinat ratée de Marie-Hélène Dini, le 24 juillet 2020. Deux militaires de la DGSE, interpellés près de son domicile, affirment avoir été manipulés : ils pensaient cibler un agent du Mossad pour le compte de l'État français, dans le cadre d'une mission « homo » (homicide). En réalité, Marie-Hélène Dini n'est pas espionne mais coach d'entreprise, victime d'un rival professionnel, Jean-Luc Bagur, « vénérable maître » de la loge Athanor.
Jean-Luc Bagur, âgé de 69 ans, aurait confié pour « 70.000 euros hors taxes » la mission d'éliminer sa concurrente à un autre « frère », Frédéric Vaglio. Ce dernier, entrepreneur de 53 ans, est accusé d'être l'intermédiaire entre le commanditaire et les exécutants des crimes. Daniel Beaulieu, retraité de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, devenue DGSI), est présenté comme le donneur d'ordres intermédiaire au sein du réseau.
Des missions criminelles en cascade
Les activités du réseau Athanor, orchestrées par Daniel Beaulieu sur ordre de Frédéric Vaglio, ont progressé en gravité :
- Agression et vol d'un ordinateur par un faux livreur de pizzas
- Incendie d'une voiture
- Dépôt de rats morts dans un jardin
- Agression d'un élu
Le point culminant est l'assassinat, en novembre 2018, du pilote automobile Laurent Pasquali pour un recouvrement de dettes. Cette première mission « homo » a été confiée à Sébastien Leroy, bras armé de Daniel Beaulieu, qui encourt également la perpétuité. Sébastien Leroy, agent de sécurité passionné d'espionnage, a admis être l'exécutant de la plupart des agressions, expliquant avoir été « progressivement manipulé » par Daniel Beaulieu.
Un syndicaliste « gênant » dans le collimateur
L'échec de l'assassinat de Marie-Hélène Dini a mis un terme à un autre projet morbide : l'élimination du syndicaliste et « gilet jaune » Hassan Touzani, jugé « gênant » par ses employeurs. Me Jean-William Vezinet, avocat de Marie-Hélène Dini, note que « chacun joue le jeu de l'emprise de l'autre » dans cette affaire. Il ajoute : « Ce qui a été terrifiant pour ma cliente, c'est que les protagonistes - policiers, ex-DGSI, francs-maçons - sont précisément des gens censés agir pour le bien de la société. »
Me Dylan Slama, avocat d'Hassan Touzani, analyse qu'Athanor « ce sont d'abord des individus habités par un sentiment de toute-puissance ». Daniel Beaulieu, quant à lui, pourrait avoir des difficultés à répondre aux questions : une tentative de suicide en détention l'a laissé handicapé avec « une capacité de concentration atteinte », selon son avocat, Me Marc Pantaloni.
Les avocats de Sébastien Leroy, Mes Archibald Celeyron et Antoine Ory, assurent que leur client « a fait le choix de s'expliquer il y a maintenant cinq ans et continuera dans cette voie lors de l'audience ». Le procès promet de dévoiler les mécanismes d'un réseau criminel insoupçonné, mêlant franc-maçonnerie, renseignement et barbouzeries.



