Procès à Aix-en-Provence : deux destins brisés par la délinquance précoce et la violence familiale
Procès à Aix : deux destins brisés par la délinquance précoce

Procès à Aix-en-Provence : deux destins brisés par la délinquance précoce et la violence familiale

L'entrée dans la vie adulte, ils l'ont effectuée derrière les barreaux. À 17 ans, Gabriel Ory a été condamné à six ans de détention pour un braquage. Amine Oualane, quant à lui, est tombé pour la première fois à 18 ans, également pour un braquage. Depuis, considéré comme l'un des meneurs de la DZ mafia, il a passé 13 ans en prison. Avec Gabriel Ory, ces deux amis ont signé une entrée précoce et violente dans la délinquance, basculant à l'adolescence dans des contextes familiaux défaillants.

Une enfance marquée par la violence et la négligence

Surnommé « Mamine » dans le milieu criminel, Amine Oualane a grandi dans un foyer familial « assez instable ». Sa mère, psychologiquement fragile avec plusieurs tentatives de suicide, s'est séparée de son mari en raison de violences conjugales. Selon le rapport de l'enquêteur de personnalité présenté mardi 24 mars devant la cour d'assises d'Aix-en-Provence, elle était « incapable d'assurer un cadre sécurisant à ses enfants ». Depuis lundi, cette cour juge pour trois semaines un double meurtre commis en août 2019 dans un hôtel de la zone commerciale de Plan de campagne.

Le père de « Mamine » était violent avec sa mère, qui a elle-même infligé des violences physiques et des actes de négligence à l'accusé. Le juge des enfants a été saisi, et une mesure d'assistance éducative a révélé « une défaillance parentale », avec des situations d'enfermement, un manque de nourriture et des violences. Des traces de coups étaient constatées sur l'enfant, et les violences, infligées avec des objets ou des câbles, ont entraîné des signalements. Cette violence, il l'a reproduite à l'école envers d'autres élèves, ainsi que contre sa mère et ses frères.

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« Il est méfiant, peu expressif, il a développé une sorte de carapace », relate l'enquêtrice. « La violence semble être banalisée dans son fonctionnement. Il semble l'avoir connue et reproduite. » En opposition avec l'autorité, il change beaucoup au collège, quitte l'école en classe de 4e sans qualification. Il date le début de sa dérive de cette période : « Il passe ses journées dans la rue, avec des individus déjà dans la délinquance », explique l'enquêtrice de personnalité.

Volonté d'indépendance ou démarche de survie ?

À 17 ans, il trouve un logement sans préciser comment il le paie. « Dès l'adolescence, il semble attiré par l'argent rapide et facile », poursuit-elle. « Il a une volonté d'indépendance financière et rejette les voies d'insertion classique. Il cherche à fuir le domicile parental. » Lui-même déclare : « Le manque d'argent, ça a tué ma vie. Je voulais avoir ce que je n'avais pas eu étant petit. […] Ça n'a pas de sens, ce n'est pas en allant à l'école qu'on devient riche. »

Son avocate, Me Inès Medioune, souligne que cette « volonté d'indépendance » relève plutôt d'une « démarche de survie » : « L'extrême précarité, c'était que sa mère n'avait même pas de quoi nourrir ses enfants, ce qui l'a poussé à voler. On est sur un manque d'éléments essentiels, pas sur l'envie d'un sac Gucci ! » De là commencent ses premiers vols, braquages et incarcération. Il s'évade lors d'une permission de sortie, entamant une errance précaire dont il dit : « J'ai dégusté, j'avais oublié ce que c'était la vie. […] J'ai mis un mois à m'adapter. »

Absence d'empathie et incident d'audience

L'experte psychologue relate qu'il manque d'empathie, présente une intolérance à la frustration, une faible capacité d'introspection et des traits de personnalité antisociale. Son avocate argue que cela peut être une volonté de se montrer plus fort, masquant ses sentiments dans un environnement familial dangereux. « Je n'ai ressenti aucune chaleur humaine, ni bienveillance, ni volonté d'aller vers l'autre », répond la psychologue. « Je l'ai trouvé froid. Ce n'est pas un mécanisme de défense mais une absence d'émotion. Le décès de sa mère ne semblait pas le perturber. »

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Choquée, son avocate rétorque que la perte de sa mère est son plus grand traumatisme. « Je peux observer la souffrance, la colère », précise la spécialiste. « Là, il y avait très peu d'affect, c'était très carencé. J'ai eu une personne en face de moi qui semble dangereuse au regard des carences affectives, émotionnelles et son absence d'empathie. » L'accusé, qui fait signe pour prendre la parole, s'emporte, se lève et lance : « On va arrêter le procès, vous allez le faire sans nous. » Congédié par la présidente après cet incident d'audience, il devrait être entendu mercredi matin.

Gabriel Ory : une défiance envers l'autorité ancrée

Gabriel Ory, dit « Gaby », n'a pas non plus eu la parole sur sa personnalité. Sa mère a quitté son père trois jours après sa naissance, le jugeant incapable de le prendre en charge. À 3 ans, l'enfant est revenu de chez son père portant une médaille avec une feuille de cannabis. Elle « fuit » et atterrit dans le quartier de la Visitation, dans les quartiers nord de Marseille. « Avec un nom à consonance française, la délinquance dans le quartier, l'immigration, l'arrivée est délicate », relate l'enquêteur de personnalité. « Il a fallu faire sa place. […] Il a fallu s'affirmer, sans référent paternel. Il a toujours eu du mal à accepter l'autorité, s'y est toujours confronté. […] Et la défiance envers l'autorité, c'est un peu la culture de son environnement. »

Sa scolarité est tumultueuse, avec un diagnostic d'hyperactivité. Sa mère, handicapée à 80 %, estime qu'il a été le souffre-douleur de sa directrice en primaire. Au collège, il est exclu et change d'établissement. « Elle était dépassée », constate l'experte psychiatre. Elle l'envoie chez son oncle, saisit les services sociaux. Il raconte une crise avec des idées noires, se saisit d'un couteau et est hospitalisé en psychiatrie à la Timone.

En seconde, il décroche, sèche les cours et arrête l'école. « Il a des envies, des besoins, sa famille est modeste. Il commence à s'impliquer dans le deal, à gagner de l'argent comme ça », poursuit l'enquêteur. « Ça lui permet de faire des activités, d'avoir une vie qui ressemble un peu à d'autres. Il dit avoir le goût de l'argent. » Il s'enfonce dans la délinquance, commettant braquages et vols à main armée pour rembourser une dette, tout en affirmant ne jamais avoir fait usage des armes. Blessé par balle lors d'un braquage, il montre peu de remise en cause, incriminant plutôt les autres.

La psychiatre constate « une coloration psychopathique de sa personnalité mais il n'y a pas assez d'éléments cliniques pour caractériser une personnalité psychopathique ». Il se montre en colère contre la personne qui l'a « manigancé » dans cette affaire : « Je ne pourrai pas accepter. Je ne ferai rien parce que je ne suis pas un sauvage mais je ne peux pas accepter. » Il affirme son innocence, dénoncé par erreur. Refusant les parloirs avec ses proches en 2020, « parce qu'il estime qu'il a déjà trop causé de dégâts dans leur vie », il n'a connu presque que la détention de 17 à 23 ans. « Il n'a pas été influencé dans son parcours, il assume », souligne l'enquêteur. « Il ne s'est pas rattrapé aux branches qu'il pouvait saisir. »