Au premier jour du procès, la cour criminelle de Lot-et-Garonne s’est penchée sur la personnalité des cinq accusés, âgés de 22 à 23 ans et résidant à Mérignac. Ces cinq Girondins sont accusés d’enlèvement, séquestration en bande organisée suivi de mutilation, jugés jusqu’au mercredi 27 mai. En ce premier jour, la juridiction examine le profil de ces cinq « copains » au destin brisé par une nuit de violences, sur fond de trafic de stupéfiants.
Les accusés : des « frères » liés par la cité
Philippe Ngan Ostaghe, Quayim Badrane, Hanza Madroua, Sabry Soussi et Mouhamed Diaby se considèrent « comme des frères ». Tous fréquentent ou habitent la même cité à Mérignac, et sont soupçonnés d’avoir participé à une expédition punitive le 7 mars 2024. Celle-ci débute peu avant minuit sur le parking d’un supermarché à Castelmoron-sur-Lot, avec l’enlèvement d’un homme de 43 ans. Le groupe commando poursuit et termine sa mission dans un bois à Martillac, où la victime est lynchée puis laissée agonisante.
Parcours communs et décrochage scolaire
À l’écoute des enquêteurs de personnalité, le quintet a un point commun : une enfance aimante, teintée par l’absence ou la mort d’un parent, menant à un décrochage scolaire à la fin du collège, puis un basculement « facile » dans le trafic de stupéfiants. Philippe Ngan Ostaghe abandonne sa passion pour le football au profit du rap : « J’ai commencé à vendre du stupéfiant pour financer mes projets artistiques. C’est là que j’ai commencé à vriller. » Un clip vidéo monté par ses soins, où l’argent coule à flots et les armes sont exhibées, interroge la cour.
« Mon avenir, je le vois flou. Mais j’ai beaucoup d’espoir. Je veux travailler. Ces fréquentations-là, c’est terminé », déclare-t-il. La mère de Sabry Soussi sanglote à la barre : « J’ai tout fait pour ne pas tomber dans ces travers. Mon fils a eu une éducation stricte. C’est un nounours. Je ne comprends pas comment on a pu en arriver là. » Sabry Soussi confie avoir du mal à trouver du travail, mais ses excursions nocturnes régulières dans la région interrogent la cour. « Je n’ai jamais participé à un trafic de stupéfiants », assure-t-il.
Oisiveté et rêves brisés
Hanza Madroua confie avoir été « viré » de la Mission locale, tandis que Mouhamed Diaby, sous contrôle judiciaire, explique être « comme bloqué. Je reste enfermé chez moi ». La présidente de la cour, Nelly Emin, relève l’oisiveté des cinq accusés. L’avocat général Claude Derens leur demande : « Mais, est-ce que vous avez des rêves ? » Sans trop d’effets. Ce vendredi est consacré aux témoignages de la partie civile. Le verdict sera rendu mercredi 25 mai.



