Le ton est monté d’un cran au tribunal. Le parquet de Paris a requis mercredi un an de prison ferme contre Dieudonné M’Bala M’Bala, âgé de 60 ans, jugé pour « apologie du terrorisme » et « injure publique » envers l’actuel ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. En ligne de mire : plusieurs vidéos publiées sur son compte X entre 2024 et 2025, dans lesquelles le polémiste multiplie les provocations.
Une vidéo jugée polémique
L’une des vidéos au cœur du procès remonte au 7 octobre 2024, date anniversaire de l’attaque du Hamas en Israël. Une publication très commentée et visionnée, avec près d’un million de reprises, qui a concentré une grande partie des débats. Dans cette séquence de deux minutes, le polémiste critique « les chaînes de propagande en continu » qui feraient du 7-Octobre « le jour de toutes les horreurs ». Il qualifie ensuite cette date de « date merveilleuse, extraordinaire, féerique », avant de préciser qu’il parle en réalité de l’anniversaire de sa fille, née un 7 octobre. Une ambiguïté assumée, mais jugée problématique par l’accusation.
Dieudonné, déjà condamné à de nombreuses reprises, comparait notamment pour ces propos, dans un contexte particulièrement sensible lié aux attaques du Hamas ayant fait plus de 1.200 morts côté israélien, en majorité des civils. À la barre, Dieudonné a revendiqué son statut d’artiste. « Je suis un humoriste. Je ne suis ni un homme politique, ni un intellectuel, ni un sociologue. Je fais rire les Français depuis près de 40 ans », s’est-il défendu. Son avocat Karim Laouafi a évoqué un registre d’« humour noir », fidèle à la ligne de son client.
Provocation revendiquée
La justice lui reproche aussi une autre vidéo visant Laurent Nuñez, alors préfet de police de Paris. Dans celle-ci, le polémiste, utilisant un filtre grotesque, appelle ce « fils de ta mère la pure, la sainte » à « porter tes couilles » afin de « parler tous les deux ». Dieudonné assume le ton. « Mon univers c’est la dérision, la saille drolatique, et parfois le mauvais goût. Mais je ne pouvais pas faire autrement que l’interpeller », explique-t-il. Une ligne de défense basée sur la provocation, devenue sa marque de fabrique depuis des années.
Il va plus loin encore en se présentant comme une figure malgré lui du débat public. « Je suis devenu malgré moi le révélateur chimique de la liberté d’expression, je ne l’ai pas demandé », avance-t-il. L’artiste est en liberté conditionnelle depuis mai, après avoir purgé une peine sous bracelet électronique.
Une « logique de réitération » dénoncée
Pour l’accusation, le problème dépasse ces seuls faits. La procureure dénonce une « logique de réitération », évoquant un « fonds de commerce » construit autour de ces provocations. Elle a requis, en plus de la peine de prison, 20.000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité. En face, la défense plaide la relaxe. « Si ce n’était pas Dieudonné, personne n’aurait été poursuivi pour ça », estime son avocat Karim Laouafi. Le tribunal devra trancher sur cette ligne de fracture entre liberté d’expression et limites pénales. Verdict attendu le 17 septembre.



