Une policière de Nice porte plainte pour harcèlement raciste au sein de la BAC
Policière de Nice porte plainte pour harcèlement raciste à la BAC

Une policière dénonce un climat raciste au sein de la BAC de Nice

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Nice suite au dépôt de plainte d'une policière d'origine maghrébine affectée à la brigade anti-criminalité (BAC) de la ville. L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie de cette affaire révélée par le média StreetPress dans une enquête en deux volets.

Des faits graves dénoncés

La plaignante, identifiée sous le prénom de Chaïma, a déposé plainte le 5 février dernier auprès du tribunal judiciaire de Nice. Dans sa plainte, elle dénonce harcèlement moral, discrimination, violences volontaires sur mineur, faux en écriture publique et usage de faux, atteinte à la liberté individuelle, menaces, abus d'autorité et violation de domicile par personne dépositaire de l'autorité publique.

Cette brigadière-cheffe originaire de la région lilloise avait rejoint en septembre 2024 le groupe « Jour B » de la BAC niçoise, où elle était la seule fonctionnaire d'origine maghrébine parmi douze collègues. Une semaine avant son arrivée, son futur chef de groupe l'aurait contactée par téléphone pour l'interroger sur sa religion et ses pratiques religieuses, notamment concernant le port du voile, la prière et le ramadan.

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Un climat ouvertement raciste

Selon les éléments de l'enquête, Chaïma aurait été confrontée dès son arrivée à un climat ouvertement raciste au sein de son unité. Certains collègues désignaient couramment les personnes arabes par des insultes et répétaient « coupable, coupable » lors de contrôles de personnes racisées.

Dans une capture d'écran WhatsApp datant du 7 janvier 2025, un agent évoque sur un groupe interne police une intervention à venir en parlant de « pêche aux canards ». Un gardien de la paix lui aurait répondu sur ce même groupe : « C'est bon ça, la pêche aux bicôts ». Le chef de groupe et son adjoint auraient assisté à cet échange sans réagir.

Des pratiques discriminatoires systématiques

La situation se serait progressivement dégradée avec :

  • Une surveillance constante de la policière
  • L'interdiction de parler arabe avec les victimes
  • Le refus de ses congés de Noël au motif qu'elle « n'est pas catholique »
  • Des moqueries concernant son prénom à consonance arabe

Le compte Facebook de son chef contiendrait de nombreuses publications à caractère raciste, du type « Ici c'est la France, c'est pas le Bled. » Depuis le 29 juillet 2025, la fonctionnaire de 38 ans est en arrêt de travail pour syndrome de stress post-traumatique.

Violences sur mineur et impunité présumée

La policière dénonce également des violences commises par des collègues sur un mineur lors d'une interpellation aux Moulins en juin 2025. Un adolescent algérien de 16 ans, interpellé pour trafic de stupéfiants, aurait été frappé au sol sans résistance de sa part. Chaïma se serait interposée pour mettre fin aux coups.

En interne, une enquête administrative aurait été diligentée et aurait reconnu l'existence de propos discriminatoires, conduisant au départ du chef de groupe en mars 2025. Cependant, aucune sanction disciplinaire n'aurait été prononcée à son encontre. Ce dernier serait devenu délégué départemental du syndicat Unité-SGP et aurait été décoré quatre mois après sa nomination.

Une affaire révélatrice selon l'avocat

Maître Arié Alimi, avocat de la plaignante, déclare : « Comme c'est le cas dans la plupart des affaires où des policiers dénoncent les actes illégaux au sein de la police, la hiérarchie tente de les faire taire en les marginalisant et en les sanctionnant. » Pour lui, cette affaire révèle que « le processus d'impunité et de harcèlement des policiers qui dénoncent se fait en lien entre la hiérarchie policière, le ministère public et les syndicats de police ».

Ni la Direction générale de la police nationale, ni les agents mis en cause, ni leurs responsables hiérarchiques n'ont répondu aux sollicitations du média StreetPress. Actuellement en arrêt maladie, Chaïma n'a pas souhaité s'exprimer publiquement. L'affaire est désormais entre les mains du parquet de Nice et de l'IGPN.

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