Un ancien éducateur d'Annecy mis en examen pour viols aggravés sur mineurs
Dans des mémoires découvertes par son neveu sur une clé USB, Jacques Leveugle, 79 ans, originaire d'Annecy, affirme avoir eu des rapports sexuels avec 89 mineurs âgés de 13 à 17 ans. Ces faits se sont déroulés sur une période exceptionnellement longue de cinquante-cinq ans, entre 1967 et 2022, dans une dizaine de pays différents. Cet ancien éducateur a été mis en examen et placé en détention provisoire en février 2024 pour viols et agressions sexuelles aggravés.
Un appel à témoins pour « permettre à toutes les victimes de se manifester »
Mardi, le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux, a lancé un appel à témoins. Cet appel vise spécifiquement à « permettre à toutes les victimes, même pour les faits très anciens, de se manifester », a-t-il expliqué à 20 Minutes. Les investigations vont se concentrer prioritairement sur le Maroc, où se trouvent « la plupart des victimes non prescrites ».
Pourquoi cet appel à témoins maintenant ? Le procureur Manteaux précise que cette décision, « l'arme atomique » en matière judiciaire car elle cite le nom du mis en cause, a été prise car le temps presse. « Le mis en cause est âgé et il faut maintenant envisager une clôture assez rapide des investigations », justifie-t-il. Sans cet appel, identifier toutes les victimes avec les moyens actuels prendrait « encore des années ».
La problématique cruciale de la prescription
L'un des défis majeurs de ce dossier est la prescription. Les faits s'étalant sur cinquante-cinq ans, les poursuites ne peuvent remonter qu'en 1993 au plus tard. « On ne peut remonter qu'en 1993 au plus tard », confirme le magistrat. Cependant, toutes les victimes, même celles concernées par des faits antérieurs à cette date, seront entendues pour « donner une vision globale » des agissements de Jacques Leveugle.
Le Maroc, épicentre des investigations
Les recherches se concentrent sur le Maroc car Jacques Leveugle y a vécu principalement depuis vingt ans et que « la plupart des victimes non prescrites sont dans ce pays ». Une commission rogatoire internationale a été saisie auprès des autorités judiciaires marocaines. Elle permettra à des enquêteurs français de se déplacer sur place pour assister leurs homologues marocains lors des auditions, en les briefant et en posant des questions complémentaires, dans le respect de la souveraineté marocaine.
Un bilan partiel des victimes identifiées
Sur les 89 victimes mentionnées dans les écrits de l'ancien éducateur, seulement 40 ont été identifiées et entendues à ce jour. La difficulté réside dans la nature des mémoires : parfois des identités complètes sont données, mais souvent il n'y a que des prénoms ou des surnoms. De plus, avec le temps, les victimes potentielles ont pu déménager, changer de région ou de pays.
Fait singulier, seules deux victimes, françaises, se sont constituées parties civiles. Le procureur explique cette situation par « l'ambivalence » des relations entre Jacques Leveugle et les jeunes. « Il passait beaucoup de temps avec eux et il abusait sexuellement d'eux. Mais il leur apprenait aussi des langues étrangères, le français aussi quand il était à l'étranger, il leur faisait découvrir des musées, l'architecture, la littérature, il leur payait pour certains le permis de conduire, des études supérieures… », détaille Étienne Manteaux. Cette complexité pourrait évoluer avec la prise de conscience du « côté sériel » des faits.
Comment est-il resté sous les radars si longtemps ?
Jacques Leveugle est décrit comme un solitaire, n'utilisant pas les réseaux sociaux, n'organisant pas de « parties fines » et n'échangeant aucun fichier. Surtout, les victimes elles-mêmes n'ont pas révélé les faits pendant des décennies.
Pour faciliter les témoignages, deux numéros verts ont été mis en place : le 0 800 20 01 42 pour la France métropolitaine et le 00 687 05 06 00 pour la Nouvelle-Calédonie. Ces appels sont gratuits.