Un procès poignant pour la mort d'un bébé de deux mois à Pau
Ce mercredi 11 février, la cour d'assises de Pau a ouvert le procès de deux jeunes parents basques, Samuel P. et Mairi J. I., âgés respectivement de 24 et 21 ans. Ils sont accusés de violences volontaires habituelles ayant entraîné la mort sans intention de la donner, ainsi que de non-assistance à un mineur en danger, concernant leur fille Effie, décédée à l'âge de seulement deux mois.
Des images insoutenables et un comportement glaçant
Dès la première journée d'audience, des vidéos et photos choquantes ont été projetées. On y voit la petite Effie, le visage tuméfié, les yeux entrouverts et les pupilles dilatées, dans un état d'inconscience totale. Son père, alors âgé de 21 ans, filme la scène pour l'envoyer à un ami, également son fournisseur de cannabis. Il manipule la tête du bébé sans ménagement, comme une poupée, tout en commentant avec détachement : « Elle ne réagit pas wesh. Elle est pas là en fait ! ».
Deux jours après cette vidéo, Effie succombe au centre hospitalier de Bordeaux des suites d'une défaillance neurologique liée à de multiples traumatismes crâniens non accidentels. Cet épilogue tragique couronne deux mois de calvaire pour l'enfant, maltraitée depuis sa naissance le 16 novembre 2022 jusqu'à son décès le 18 janvier 2023.
Un couple dysfonctionnel et une précarité alarmante
Les enquêteurs ont constaté de nombreuses blessures sur le corps du bébé : fractures, hématomes, cals osseux et un état de dénutrition prononcé, poussant les services hospitaliers à signaler le cas. Dans le box des accusés, Samuel P., vêtu d'une doudoune sans manches, évite de regarder les images de sa fille, y compris celle où il lui met un joint dans la bouche. Mairi J. I., en larmes, observe chaque détail, bien que sur une photo, elle apparaisse souriante à côté de sa fille au visage tuméfié.
Le couple vivait dans une précarité extrême, sans emploi, dépendant uniquement du RSA, et occupait une chambre insalubre de 10 m² chez la mère de Mairi J. I. à Hendaye. « On restait enfermés dans la chambre, on ne parlait pas à ma mère et on passait par la fenêtre pour aller fumer », a témoigné la mère. Interrogée par la présidente Christel Cariou sur l'inadéquation de cet environnement pour élever un enfant, elle a répondu qu'avec le recul, « ce n'était pas raisonnable », mais qu'ils désiraient absolument un enfant.
Des accusations mutuelles et un déni persistant
Les deux parents se rejettent la responsabilité des violences. La mère accuse le père d'avoir infligé des coups de poing, des gifles et des pichenettes au bébé. Elle décrit sa peur de Samuel et son propre déni : « J'étais inconsciente, je ne mesurais pas la gravité des choses. J'étais dans le déni ». De son côté, le père nie toute maltraitance, parlant seulement de « gestes inadaptés » ou d'avoir « jeté en l'air » sa fille. Il accuse Mairi J. I. d'être jalouse, possessive et violente envers lui.
Lors de la nuit du 15 au 16 janvier 2023, la tête d'Effie aurait violemment heurté le coin du lit alors qu'elle était dans les bras de son père. Malgré l'état critique de l'enfant, les parents ont attendu trente-trois heures avant d'appeler le Samu. Les médecins légistes estiment qu'Effie aurait probablement pu être sauvée avec une intervention rapide.
Des questions sans réponses et une suite attendue
La présidente a souligné les contradictions dans les déclarations de Samuel P., notamment lorsqu'il a préféré acheter du cannabis plutôt que d'alerter les secours le matin du 16 janvier. L'enquêteur de personnalité a décrit Mairi J. I. comme « fragile », « instable », « mythomane » et « paranoïaque », sans toutefois évoquer de domination claire entre les deux accusés.
Le procès se poursuit avec l'audition d'experts psychologues, psychiatres et des proches des accusés, pour tenter de comprendre comment un tel drame a pu survenir. Les débats mettent en lumière les dysfonctionnements profonds de ce couple et les conséquences tragiques de leur négligence et de leur violence.