Frédéric Péchier : la justice examine une demande de libération avant le procès en appel
L'anesthésiste Frédéric Péchier, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en décembre dernier pour avoir empoisonné trente patients dont douze sont décédés, espère obtenir une remise en liberté dans l'attente de son procès en appel. La justice examine ce mercredi une demande en ce sens déposée par le médecin de Besançon, qui continue à affirmer son innocence des faits qui lui sont reprochés.
Une situation exceptionnelle pour un dossier hors norme
L'ancien médecin de cinquante-quatre ans, qui n'avait jamais été incarcéré pendant l'instruction et avait comparu libre pendant son procès - une situation tout à fait exceptionnelle au vu de la gravité des charges pesant contre lui - a déposé cette demande devant la chambre d'instruction de la cour d'appel dès le jour même de sa condamnation, le 18 décembre dernier.
À l'issue d'un procès particulièrement chargé en émotion qui a duré trois mois et demi, la cour d'assises du Doubs l'a reconnu coupable d'avoir, entre 2008 et 2017 dans deux cliniques de Besançon, empoisonné trente patients en polluant délibérément des poches de perfusion avec différents produits. Ces actes avaient pour objectif de provoquer des arrêts cardiaques ou des hémorragies, et cela afin de nuire à des soignants avec lesquels il était en conflit professionnel.
Une audience cruciale pour l'avenir du praticien
Ce mercredi matin, Frédéric Péchier sera extrait de sa cellule de la maison d'arrêt de Besançon pour assister à cette audience publique, selon les informations fournies par son avocat Randall Schwerdorffer, qui le défendra avec Ornella Spatafora. La défense compte demander que leur client soit remis en liberté sous contrôle judiciaire strict. Le praticien pourrait également être assigné à résidence sous surveillance électronique avec bracelet.
La décision de la justice pourra être rendue dans la journée même de l'audience, ou bien mise en délibéré pour un prononcé ultérieur. Depuis sa mise en examen au début de l'année 2017, le médecin avait initialement été placé sous contrôle judiciaire avant d'être contraint de quitter Besançon pour vivre chez ses parents à Poitiers.
Arguments contradictoires entre défense et parties civiles
Selon une source judiciaire bien informée, le ministère public va requérir le maintien en détention de Frédéric Péchier afin d'éviter tout risque sérieux de suicide, de fuite ou de pression sur les témoins potentiels. Les représentants du parquet estiment également que sa remise en liberté pourrait troubler significativement l'ordre public dans la région.
« On ne peut absolument pas envisager que Frédéric Péchier se balade tranquillement et librement dans les rues de Besançon tout en continuant à toiser les victimes de ses actes », déclare avec fermeté Frédéric Berna, avocat représentant plusieurs parties civiles dans ce dossier complexe. Pour ce dernier, le maintien en détention se justifie pleinement « ne serait-ce que pour s'assurer de sa présence effective au procès en appel et pour le protéger, lui aussi, d'éventuelles réactions ».
Il est important de noter que l'ancien médecin a tenté par deux fois de mettre fin à ses jours, en 2014 puis en 2021, ce qui renforce les inquiétudes concernant son état psychologique et les risques associés.
Un procès en appel qui s'annonce sous très haute tension
Si Frédéric Péchier a admis, au cours de son premier procès, qu'un empoisonneur avait bien sévi dans l'une des deux cliniques privées où il a exercé, il a constamment et fermement clamé que ce n'était pas lui. Le médecin compte démontrer son innocence de manière convaincante lors de la procédure d'appel.
Le lieu exact et la date précise du nouveau procès ne sont pas encore fixés à ce jour. Le nombre particulièrement élevé de parties civiles - près de deux cents personnes - complique considérablement l'organisation matérielle et logistique de cette audience. La cour d'appel de Besançon a donc demandé une dérogation exceptionnelle pour que ce dossier hors norme soit jugé dans la même ville qu'en première instance, ce qui n'est pas prévu par les textes législatifs en vigueur.
Une telle exception permettrait à un maximum de parties civiles d'assister personnellement aux débats, fait valoir avec insistance Me Frédéric Berna. Cependant, les avocats du médecin préfèreraient nettement que le procès se tienne à Paris ou à Lyon, car « il ne peut pas y avoir de procès véritablement équitable à Besançon », selon l'analyse de Randall Schwerdorffer. Il reviendra finalement à la Cour de cassation de trancher ce point crucial de procédure.



