Le parquet de Paris relance l'enquête sur Jean-Luc Brunel après les révélations Epstein
Le parquet de Paris a annoncé la saisine de magistrats référents pour analyser d'éventuelles infractions liées à des Français et procéder « à une réanalyse intégrale du dossier d'instruction » de l'ex-agent de mannequins Jean-Luc Brunel, mort en détention en 2022. Cette décision intervient après la publication de millions de documents liés au criminel sexuel américain Jeffrey Epstein, qui ont mis en lumière des connexions françaises potentielles.
Des infractions de diverses natures examinées
Le parquet a précisé que les éléments recherchés pouvaient concerner « des infractions de diverses natures, notamment à caractère sexuel ou à caractère financier ». Il travaille actuellement à l'exploitation des documents nouvellement diffusés aux États-Unis, en coordination avec le Parquet national financier et la direction nationale de la police judiciaire, afin d'ouvrir des enquêtes si des infractions étaient caractérisées.
Nouvelles affaires liées aux « Epstein files »
Le parquet de Paris a indiqué avoir été saisi de trois nouvelles affaires qui ont trouvé écho dans la presse :
- Une enquête vise à éventuellement étayer un signalement du ministère des Affaires étrangères concernant le diplomate Fabrice Aidan, cité dans les documents.
- Une plainte d'une Suédoise, reçue le 11 février, déposée contre Daniel Siad, un recruteur de mannequins aux liens étroits avec Jeffrey Epstein, pour des faits qualifiés de viol en 1990.
- Une plainte contre le chef d'orchestre Frédéric Chaslin, pour des faits de harcèlement sexuel qui auraient été commis en 2016, en cours d'analyse.
Réanalyse du dossier Jean-Luc Brunel
Le parquet va procéder à une réanalyse intégrale du dossier d'instruction dans lequel Jean-Luc Brunel, un proche de Jeffrey Epstein, avait été mis en examen. Ce dossier avait été clôturé par un non-lieu en juillet 2023 après le suicide en détention de Brunel en février 2022. « Aucune autre personne n'avait été mise en examen dans ce dossier », a rappelé le parquet. L'objectif est de « pouvoir en extraire toute pièce susceptible d'être utilement réexploitée dans un nouveau cadre d'enquête ».
Contexte de l'affaire Brunel
Le dossier avait été saisi à l'été 2019, suite à des signalements de l'association Innocence en danger et de l'association Femme et libre, évoquant des complicités françaises dans l'affaire Epstein. Une plaignante avait reproché à Jean-Luc Brunel de l'avoir violée dans les années 1980, lorsqu'elle était tout juste majeure et travaillait en mannequinat. L'enquête avait été confiée à l'Office central pour la répression des violences aux personnes.
Témoignages accablants
Les enquêteurs ont synthétisé des auditions issues d'une procédure américaine, relevant que Jean-Luc Brunel était un ami proche de Jeffrey Epstein, qu'il offrait des emplois de mannequins à de jeunes filles pauvres, et qu'il s'était livré à des actes sexuels avec des mineures aux États-Unis, dans les îles Vierges américaines, à Paris et dans le sud de la France. Plusieurs femmes avaient témoigné d'une atmosphère de prostitution, de drogues malsaines pour les mineurs, et de violences sexuelles lors de soirées à Paris.
Dix femmes avaient mis en cause Jean-Luc Brunel, décrivant pour plusieurs avoir été conduites à boire de l'alcool, avoir perdu leurs moyens voire tout à fait connaissance, et s'être vu imposer une pénétration sexuelle, alors qu'elles n'étaient pour certaines pas encore majeures. « L'une a décrit Jean-Luc Brunel comme étant celui qui acheminait de nouvelles jeunes filles à Jeffrey Epstein, sous prétexte de shootings photo, depuis l'Europe de l'Est ou l'Amérique latine », a ajouté le parquet.



