Panneaux bilingues attaqués au Teich : une association défend le français contre l'anglais
Panneaux bilingues attaqués : bataille pour le français au Teich

Une bataille linguistique au cœur de la réserve ornithologique du Teich

Alors que les conflits mondiaux font la une des journaux, une affaire judiciaire bien plus locale mais tout aussi symbolique agite le tribunal administratif de Bordeaux. Il s'agit d'un véritable Clochemerle moderne qui oppose une association de défense de la langue française à la mairie du Teich, en Gironde. Le cœur du litige ? Les panneaux d'information de la célèbre réserve ornithologique, jugés illégaux car rédigés uniquement en français et en anglais.

L'association Défense de la langue française monte au créneau

Dans le rôle du demandeur, on trouve l'association Défense de la langue française (DLF), créée en 1958 avec pour mission de « défendre l'usage du français dans tous les domaines de la vie publique, freiner l'invasion désordonnée des mots étrangers, enrichir la langue pour répondre aux enjeux contemporains, et contribuer activement à son rayonnement international ». Pierre Gusdorf, secrétaire général adjoint de DLF et propriétaire d'une maison sur le bassin d'Arcachon, explique le fond du problème.

« La présence d'une seule langue étrangère à côté du français n'est pas conforme à la loi du 4 août 1994 », rappelle-t-il avec fermeté. « En qualité de personne morale assurant une mission de service public, la réserve ornithologique doit traduire en au moins deux langues étrangères les mentions en français ou n'employer que la seule langue française ».

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La justice donne raison à l'association

Lors de l'audience du mercredi 8 avril, le tribunal administratif de Bordeaux a examiné le recours avec une issue favorable pour DLF. Le rapporteur public, dont l'avis est quasi systématiquement suivi par les juges, a estimé que la commune avait tort. Avec une pointe d'ironie perceptible, il a déclaré : « Compte tenu des délais de la commande publique, il faut envisager un délai de six mois pour que la commune puisse remédier à cette grave situation ».

Les 18 panneaux incriminés, réalisés il y a quatre ans pour un montant de 35 000 euros hors taxes dans le cadre d'un réaménagement pédagogique du parcours de 2 km, se retrouvent donc au centre de la tourmente. DLF avait tenté une démarche amiable en 2023, sans obtenir de réponse satisfaisante de la mairie.

La réponse de la mairie du Teich

Face à ces accusations, la municipalité apporte ses explications. Alexandre Debray, directeur général des services, précise : « Le marché des panneaux a été confié à un prestataire spécialisé qui ne nous avait pas spécialement alertés sur les aspects juridiques en 2022 ». Il ajoute avec pragmatisme : « Si on a tort, on en prendra acte. On prendra l'option de rajouter de l'espagnol ».

Signe de la volonté de ne pas alourdir les dépenses publiques, la commune n'a pas engagé d'avocat pour sa défense lors de l'audience. « Une volonté de ne pas dépenser des deniers publics sur des recours assez éloignés des préoccupations quotidiennes des habitants », insiste-t-elle. La décision définitive du tribunal est attendue dans les prochaines semaines.

Cette affaire soulève des questions plus larges sur l'application de la loi Toubon de 1994 et l'équilibre entre ouverture internationale et protection linguistique. Alors que le monde du tourisme privilégie souvent l'anglais comme langue universelle, le cas du Teich rappelle que la législation française impose des règles précises en matière de signalétique publique, créant parfois des situations paradoxales où l'ajout d'une troisième langue devient la solution pour respecter la loi tout en maintenant une ouverture aux visiteurs étrangers.

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