Le groupe Bolloré est au cœur d'une nouvelle controverse judiciaire en Afrique. Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) dénoncent les « procédures-bâillons » intentées par le groupe français après des accusations portant sur ses plantations en Afrique. Ces ONG, dont Sherpa et Les Amis de la Terre, ont décidé de contre-attaquer en justice.
Des accusations de violations des droits humains et environnementaux
Les plantations de palmiers à huile et d'hévéas de Bolloré en Afrique, notamment au Cameroun et au Liberia, sont accusées par les ONG de violations des droits humains et de l'environnement. Selon un rapport de 2023, les communautés locales auraient été expulsées de leurs terres sans compensation adéquate, et les pratiques agricoles auraient entraîné une déforestation massive. Bolloré conteste fermement ces allégations.
En réponse à ces accusations, le groupe a engagé des procédures judiciaires pour diffamation contre les ONG. Ces dernières qualifient ces actions de « procédures-bâillons » (SLAPP en anglais), visant à les faire taire et à les épuiser financièrement. « Ces procédures sont une atteinte à la liberté d'expression et au droit de dénoncer des abus », a déclaré un porte-parole de Sherpa.
Les ONG contre-attaquent en justice
Face à cette offensive judiciaire, les ONG ont décidé de ne pas céder. Elles ont déposé une plainte conjointe devant le tribunal de Paris, accusant Bolloré de « manœuvres abusives » et de « tentative d'intimidation ». Selon elles, les procédures-bâillons sont utilisées par les multinationales pour dissuader les critiques, une pratique de plus en plus dénoncée au niveau international.
« Nous ne nous laisserons pas intimider. Nous continuerons à défendre les droits des communautés affectées par les activités de Bolloré en Afrique », a affirmé un représentant des Amis de la Terre. Les ONG demandent également à la justice de reconnaître le caractère abusif des poursuites engagées par Bolloré.
Un contexte de tensions croissantes
Cette affaire s'inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre les multinationales et les ONG en Afrique. Les pratiques des grandes entreprises dans le secteur agricole sont de plus en plus scrutées, notamment en matière de respect des droits humains et de l'environnement. La France a récemment adopté une loi sur le devoir de vigilance, qui oblige les grandes entreprises à prévenir les atteintes aux droits humains et à l'environnement dans leurs chaînes d'approvisionnement.
Bolloré, de son côté, affirme respecter les normes en vigueur et se dit ouvert au dialogue. « Nous sommes engagés dans une démarche de responsabilité sociale et environnementale. Les allégations des ONG sont infondées et nous avons le droit de nous défendre », a déclaré un porte-parole du groupe. Cependant, les ONG estiment que les procédures-bâillons sont une preuve supplémentaire de l'absence de bonne foi de la part de Bolloré.
Un appel à la communauté internationale
Les ONG appellent la communauté internationale à se mobiliser contre les procédures-bâillons. Elles demandent à l'Union européenne et aux Nations unies de prendre des mesures pour protéger les défenseurs des droits humains et de l'environnement. « Les procédures-bâillons sont une menace pour la démocratie et l'état de droit. Il est urgent d'agir », a conclu le porte-parole de Sherpa.
L'affaire est suivie de près par les observateurs, qui y voient un test pour la loi française sur le devoir de vigilance. Si les ONG obtiennent gain de cause, cela pourrait envoyer un signal fort aux multinationales opérant en Afrique et ailleurs.



