Nice : trois coiffeurs écopent de peines de prison ferme pour fraude et blanchiment
Le tribunal correctionnel de Nice a rendu son verdict dans une affaire retentissante impliquant trois gérants de salons de coiffure. Les prévenus, deux frères et leur cousin d'origine tunisienne, ont été condamnés à des peines de prison ferme pour une série d'infractions commises entre janvier 2021 et décembre 2025. Le montant total des préjudices dépasse le million d'euros, selon les estimations des autorités judiciaires.
Un système frauduleux bien organisé
L'enquête, menée pendant quinze mois par l'antenne niçoise de l'Office de lutte contre le trafic illicite de migrants (OLTIM), a révélé un système sophistiqué de fraude. Les trois hommes avaient ouvert plusieurs enseignes de coiffure à Nice, dont le barber shop « L'Artisto » situé au 75, rue de France. Ce salon générait entre 18 000 et 33 000 euros de chiffre d'affaires mensuel grâce à une activité soutenue, six jours sur sept, parfois jusqu'à tard le soir.
Dans ces établissements, une vingtaine de personnes étaient employées, dont certaines sans contrat de travail déclaré et sans titre de séjour régulier. Les paiements s'effectuaient majoritairement en espèces, avec près de 20 000 euros en liquide saisis lors des perquisitions. Le préjudice pour l'URSSAF lié au travail dissimulé est estimé à 128 000 euros, mais pourrait atteindre près de 500 000 euros selon l'organisme.
Des flux financiers suspects et du blanchiment aggravé
Les enquêteurs ont mis en évidence des mouvements financiers importants et suspects. Des dépôts d'espèces, virements et chèques, notamment en provenance d'entreprises du BTP, créditaient les comptes des prévenus en échange de liquidités, moyennant une commission de 8 à 12 %. Environ 389 000 euros en espèces ont ainsi été redistribués selon le parquet.
L'achat d'un appartement d'une valeur de 400 000 euros en Tunisie, ainsi que des transferts d'argent liquide vers ce même pays, ont également été mis au débat. Le procureur Étienne Moreau a dénoncé « de l'argent public siphonné » par les mis en cause, qualifiant les faits de blanchiment aggravé en bande organisée.
Une défense qui conteste la qualification
La défense des prévenus a vivement contesté la qualification « fourre-tout » retenue par l'accusation. Me Florian Abassit a plaidé « la mauvaise gestion sans entente préalable » et a dénoncé « une enquête à charge du début à la fin ». Me Hatem Ayadi a quant à lui exprimé l'impression que le parquet avait voulu faire de ce dossier « un exemple ».
L'un des prévenus a reconnu certains faits tout en assurant qu'il s'agissait simplement de « rendre service », sans mesurer l'illégalité du procédé. Concernant les pratiques de rémunération, il a affirmé : « Personne ne veut de salaire. Tous les barbers de Nice fonctionnent comme ça », faisant référence au partage à parts égales des recettes entre gérant et employé sur des coupes facturées 12 euros.
Des réquisitions sévères et le verdict du tribunal
Le procureur Étienne Moreau a requis trois ans de prison ferme contre celui considéré comme la clé de voûte du système et deux ans contre ses co-prévenus, assortis pour chacun d'une amende de 70 000 euros. Aucune interdiction de gestion n'a été requise à l'encontre des prévenus.
Le tribunal correctionnel, présidé par Didier Iermoli, a finalement condamné les trois hommes à des peines de prison ferme, confirmant ainsi la gravité des infractions commises. Cette affaire met en lumière les dérives possibles dans le secteur de la coiffure et l'importance des contrôles pour lutter contre le travail dissimulé et le blanchiment d'argent.



