Un crime épouvantable dont un seul accusé répondra
L'enquête sur la mort tragique de Maeva Torres, une jeune mère de famille âgée de 27 ans, brutalement assassinée dans le quartier de la Paillade à Montpellier en août 2023, est désormais close. Après des mois d'investigations complexes, les magistrats ont décidé que seul un individu comparaîtrait devant la justice pour ce crime particulièrement violent. Plusieurs personnes initialement soupçonnées d'avoir participé à ce drame ont finalement été mises hors de cause, laissant un unique accusé face à ses responsabilités.
Les circonstances d'une nuit tragique
Dans la nuit du 22 août 2023, vers une heure du matin, Maeva Torres, mère de quatre enfants âgés de 2 à 12 ans, a été sauvagement attaquée sur le parking de la Chambre des Métiers de l'Hérault, situé près des archives départementales Pierres Vives à Montpellier. Un témoin, qui dormait dans sa voiture garée à proximité, a assisté à la scène : après avoir vu une BMW se garer, il a entendu des cris déchirants, puis observé une femme être frappée à l'intérieur du véhicule avant d'être poussée par la fenêtre de la portière. L'agresseur est ensuite sorti pour porter de nouveaux coups à sa victime.
Peu après, plusieurs jeunes filles se sont approchées avant de prendre la fuite. Lorsque les policiers sont arrivés sur les lieux pour lui porter les premiers secours, Maeva, agonisante, a imploré : "Aidez-moi s'il vous plaît, aidez-moi, j'ai des enfants". Elle a réussi à donner le prénom de son agresseur, Kevin, avant d'être transportée d'urgence à l'hôpital où elle est décédée peu après des suites d'une hémorragie massive, la veine jugulaire ayant été tranchée. L'autopsie a révélé qu'elle avait reçu dix-sept coups de couteau.
Un adolescent au parcours troublant
Kevin, dont le prénom a été modifié pour préserver son anonymat, n'avait que seize ans au moment des faits. Il a été arrêté le lendemain du crime chez sa grand-mère. L'enquête a révélé qu'il avait donné rendez-vous à Maeva ce soir-là après être allé chercher un couteau au domicile de sa grand-mère. Deux jeunes filles de son entourage ont également été incarcérées dans les jours suivants, initialement pour assassinat et complicité d'assassinat, puis pour tentative d'extorsion suivie de mort.
Les versions divergent quant aux motivations du crime. Les jeunes filles, qui vivent en foyer, ont déclaré que Kevin avait donné rendez-vous à Maeva dans l'espoir de lui voler sa voiture pour les emmener à la foire de Palavas. Kevin, quant à lui, a affirmé qu'il cherchait à arranger les choses après avoir volé près de 1 500 euros au compagnon de Maeva quelques jours plus tôt, et qu'il l'aurait tuée "par haine des gens" face à son refus de coopérer.
Le père de Maeva est convaincu que l'adolescent a agi sur ordre de l'oncle de Kevin, l'ancien compagnon de la victime. Cette dernière avait déposé plainte pour viol et violences quatre mois plus tôt contre cet homme, qui n'acceptait pas qu'elle l'ait quitté et dont elle disait être harcelée. Cependant, l'enquête n'a pas permis d'établir de lien formel entre ce dernier et le crime.
Une personnalité inquiétante
Issu d'une famille marquée par la violence et la délinquance, Kevin a souffert dans son enfance de l'incarcération de sa mère pour des vols et de la toxicomanie de son père. Lors de l'enquête, il a révélé des aspects très préoccupants de sa personnalité. Interrogé en février 2024 sur sa fuite après avoir laissé sa victime agoniser au sol, il a déclaré à la magistrate : "J'ai grandi dans la merde, j'ai grandi comme ça. Si j'aurai grandi avec une mère juge, comme vous, j'aurais fait des études de droit. Là, ce n'est pas moi, c'est une question de principe : je tue, je ne vais pas me rendre."
Un mois après le crime, il a écrit à sa mère : "J'espère que tu ne m'en veux pas pour ce que j'ai fait, mais je ne regrette pas." Durant sa détention au centre pour mineurs de Lavaur dans le Tarn, il a agressé la directrice de l'établissement lors d'une audience disciplinaire, l'attrapant par les cheveux et lui fracassant le visage sur le bureau. Il a été condamné pour ces faits à cinq ans de prison, dont deux avec sursis.
Un procès en septembre
Kevin, désormais âgé de 18 ans, sera jugé du 15 au 17 septembre prochain devant la cour d'assises des mineurs de l'Hérault. Les deux jeunes filles initialement mises en examen ont obtenu un non-lieu criminel et seront jugées au tribunal correctionnel pour non-assistance à personne en danger. L'ancien compagnon de Maeva, faute d'éléments suffisants, est ressorti libre de sa garde à vue.
Maître Guillaume Raymond, avocat de la famille de Maeva avec le bâtonnier Jacques Martin, estime que "les personnes mises en cause dans cette affaire ont confisqué cette vérité". Il déplore que "elles n'ont eu de cesse de mentir, d'évoluer, il y a eu des pressions sur les témoins, et le téléphone de Maeva n'a jamais été retrouvé, alors que seuls ceux qui étaient sur la scène de crime ont pu le faire disparaître".
L'avocat de Kevin, Maître Marc Gallix, assure que son client "a complètement changé" après trois ans de détention, évoquant "des rapports incroyables des éducateurs". Il a demandé un nouveau rapport d'expertise avant le procès. Cependant, même son défenseur reconnaît avoir du mal à comprendre "pourquoi un tel déchaînement de violence".
Le procès, puisque l'accusé est désormais majeur, pourrait ne pas se tenir à huis clos, permettant ainsi à la lumière d'être faite sur ce crime qui a bouleversé la famille de Maeva et la communauté montpelliéraine.



