Un procès sous le signe de la folie paranoïaque
Depuis ce mardi 24 mars, la cour d'assises de la Gironde est le théâtre d'un procès particulièrement lourd. Matthieu Valen, 41 ans, comparaît pour assassinat et tentatives d'assassinats. L'affaire remonte au 12 novembre 2022, lorsqu'il a volontairement foncé avec sa voiture sur un groupe de cyclistes dans le Créonnais, sur une route départementale entre Créon et Sadirac.
Un acte prémédité aux conséquences tragiques
Ce samedi ensoleillé, quatre membres d'un club de vélo d'Artigues profitaient d'une sortie dans l'Entre-deux-Mers. Le choc violent a provoqué des blessures graves. Hubert de Mecquenem, 67 ans, agent bancaire et pilier de sa famille, est décédé trois mois plus tard à l'hôpital des suites de ses blessures, après une lente agonie en état de tétraplégie. Son fils a témoigné à la barre des derniers mots de son père : « Il est fou, ce mec ».
Matthieu Valen a toujours reconnu les faits. Dès le début de l'enquête, il a déclaré aux gendarmes avoir « voulu tuer des gens » en quittant le domicile de ses parents à Fougueyrolles en Dordogne. Il avait « calculé le coup », préparé son acte « depuis longtemps », et savait que le secteur « était fréquenté par des cyclistes ».
Un délire persécutif au cœur de la défense
La question centrale de ce procès est l'état de santé mentale de l'accusé. Matthieu Valen est convaincu d'être victime d'un « complot » et d'un « réseau de harceleurs » qui lui aurait « implanté une puce dans le cerveau dès l'enfance ». Son délire paranoïaque incluait sa famille, ses connaissances, ses collègues, et même une passante croisée dans la rue « avec des bottes rouges ».
« J'oblige la justice à réagir. Comme je ne peux pas atteindre mes harceleurs, je m'en prends à des victimes innocentes », a-t-il déclaré face aux enquêteurs. Son frère a témoigné de la dégradation progressive de son état mental : « Dès la fin du lycée, il a commencé à s'éloigner de ses amis. Cela s'est aggravé quand il a commencé à travailler, vers 2011 ».
Un parcours médical chaotique
Technicien supérieur en développement durable, Matthieu Valen a été mis en congés longue maladie en 2016 avant d'être déclaré en invalidité pour « psychose paranoïaque ». Il vivait alors chez ses parents et suivait un traitement psychiatrique à Bergerac, avec des consultations mensuelles mais sans médicament.
« La difficulté, c'est qu'il n'avait pas conscience de ses troubles. Mes parents craignaient qu'il se sente trahi et qu'on ne puisse plus l'aider », a expliqué son frère. À deux reprises, l'accusé a déposé des plaintes contre des ennemis imaginaires, toutes classées sans suite, ce qui a renforcé son sentiment de ne pas être « entendu » par la justice.
Une réalité alternative persistante
Trois ans et demi après les faits, Matthieu Valen semble toujours enfermé dans son délire. Face à ses juges, il a déclaré : « Je suis quelqu'un de calme qui aspirait à une vie sérieuse. S'il n'y avait pas eu cette affaire de harcèlement, il n'y aurait pas eu tout ça. Après une dizaine d'années de persécution, j'ai fini par commettre un homicide ».
Interrogé par la présidente Marie-Noëlle Billaud sur d'éventuels problèmes de santé mentale, il a répondu du tac au tac : « Non, aucun problème et certainement pas de la paranoïa ». Ses projets ? « À la base, j'ai agi pour finir ma vie en prison car ce qu'on me faisait subir m'y contraignait. La prison me rassurait ».
L'avocate générale Alexandra Moreau a tenté de le faire réfléchir : « Ce que vous avez recherché, c'est un endroit fermé pour vous protéger. Il y a un lieu que vous n'avez pas essayé : l'hôpital psychiatrique ». Mais l'accusé s'est offusqué : « Mais pourquoi aller en hôpital psy ? Ce serait un abus ».
L'expertise psychiatrique déterminante
Ce mercredi, plusieurs experts psychiatres et psychologues doivent être entendus par la cour. Leur témoignage sera crucial pour déterminer la responsabilité pénale de Matthieu Valen et éclairer les juges sur son état mental au moment des faits.
Le verdict est attendu jeudi, mettant fin à un procès qui soulève des questions profondes sur la prise en charge des troubles psychiatriques et leurs conséquences dramatiques sur la société.



