Procès à Marseille : un technicien de Veolia jugé pour agression sexuelle présumée sur une fillette de 4 ans
Marseille : procès pour agression sexuelle présumée sur une enfant de 4 ans

Un procès émouvant s'ouvre à Marseille pour une affaire d'agression sexuelle présumée

Les bancs du tribunal correctionnel de Marseille se remplissent progressivement, accueillant des parents d'élèves venus soutenir la famille de Lily*, une fillette de 4 ans au moment des faits. Cette dernière est la victime présumée d'une agression sexuelle survenue au sein de l'école Alexandre-Copello, située dans le 5e arrondissement de la cité phocéenne.

« C'est important d'être là », confie une mère présente dans la salle d'audience. « Si seulement c'était un cas isolé ». Dès 14 heures, certains manifestants arboraient des pancartes avec des slogans comme « Croyons les enfants » ou « Marre de vivre à pédoland », revenant à 18 heures pour assister aux débats. Malgré la minorité de la victime, les parties civiles n'ont pas demandé le huis clos, souhaitant « faire entendre la parole des victimes », selon Me Lucie Amar, avocate de la mère et de la fillette.

Les faits remontent à septembre dernier

L'affaire trouve son origine le 8 septembre dernier. Alors qu'elle donnait la douche quotidienne à sa fille, la mère de Lily, élève en moyenne section de maternelle, est surprise par un « cri de douleur ». Elle découvre alors une rougeur suspecte sur une partie intime de l'enfant. Spontanément, la petite fille lui révèle qu'un homme lui a touché la vulve. Des lésions seront ultérieurement confirmées par deux examens médicaux, conduisant au dépôt d'une plainte le 11 septembre.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Assistée par un interprète espagnol, la fillette précise ses déclarations. Elle désigne un « Monsieur qui réparait des choses à l'école et qui se lavait les mains », qui lui aurait dit qu'elle « était jolie », fait un bisou sur le front, puis l'aurait allongée avec son amie Maria* avant de leur toucher les parties intimes. Elle décrit un homme poilu, aux ongles longs et aux mains sales, vêtu d'une tenue bleue et orange.

L'identification et l'arrestation du suspect

Les soupçons se portent rapidement sur Eric D., 55 ans, technicien pour l'entreprise Veolia depuis 2023, intervenu sur la pause méridienne pour réparer la chaudière de l'école. Le quinquagénaire est interpellé et formellement reconnu par Lily lors d'une reconnaissance photographique.

Face au tribunal, Eric D. conteste fermement les faits, affirmant n'avoir « jamais vu » la fillette et n'avoir « jamais commis un acte pareil ». Il reconnaît cependant une interaction avec un groupe d'enfants alors qu'il travaillait dans le local de la chaufferie. Les magistrats questionnent son profil, notamment son historique de recherches Internet révélant un goût pour des contenus pornographiques à la différence d'âge marquée.

La défense soulève des incohérences

L'avocate de la défense, Me Muriel Piquet, plaide longuement en pointant les incohérences dans les déclarations de la fillette. « Vous n'avez pas suffisamment d'éléments objectifs », assène-t-elle. Le créneau horaire et le lieu de l'agression présumée n'ont pu être établis formellement : Lily évoque d'abord les toilettes, puis les abords d'un toboggan. De plus, elle affirme que Maria aurait été agressée à ses côtés, ce que nie la seconde petite fille, bien qu'elle confirme l'agression de son amie.

La tenue d'Eric D. – un tricot gris et un pantalon sombre – ne correspond pas non plus à la description initiale. Les témoignages du personnel pédagogique remettent en question la possibilité que les deux fillettes aient été ensemble à ce moment ou que le technicien ait été laissé sans surveillance. « Combien de temps encore sur la base de rien va-t-on briser la vie d'un homme ? On est dans le doute le plus total », conclut Me Piquet.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

La parole de l'enfant au cœur des débats

À la barre, la mère de Lily, assistée par une interprète espagnole, assure que sa fille « n'a aucun intérêt à mentir ». Depuis les faits présumés, l'enfant « ne dort pas bien », se montre craintive et se réveille en pleine nuit par peur qu'un homme vienne l'enlever. « Ce sont des sentiments qu'un enfant de quatre ans ne peut pas simuler », ajoute-t-elle.

Me Lucie Amar plaide que « Lily donne des éléments trop précis pour être inventés », évoquant un possible phénomène de « sidération » ou de « dissociation » pouvant altérer les détails de son témoignage. Me Nathalie Bucquet, avocate de l'association Innocence en danger, partie civile, souligne : « Ce dossier est symptomatique de la place que l'on peut donner à la parole d'un enfant. La parole d'une enfant, même de 4 ans, peut avoir toute sa crédibilité et toute sa portée ».

Réquisitions et verdict attendu

Le procureur a requis une peine de quatre ans de prison, dont deux ans avec sursis, assortie d'une obligation de soins et d'une interdiction d'exercer une activité au contact de mineurs. Le verdict sera rendu le 31 mars à 14 heures, mettant un terme à une audience marquée par des émotions intenses et des questions cruciales sur la crédibilité de la parole des enfants.

* Les prénoms des mineurs ont été modifiés pour préserver leur anonymat.