Marseille : trois jeunes jugés pour des tirs sur le site Orange de Saint-Mauront
Marseille : jeunes jugés pour tirs sur site Orange

Marseille : trois jeunes jugés pour des tirs sur le site Orange de Saint-Mauront

Dans l'enceinte du tribunal correctionnel de Marseille, une affaire inhabituelle a retenu l'attention ce jeudi. Trois jeunes hommes d'à peine vingt ans, aux casiers judiciaires jusqu'alors vierges, comparaissent pour des faits survenus autour du Nouvel An sur le site Orange de Saint-Mauront. Deux d'entre eux sont détenus depuis leur arrestation fin janvier, tandis que le troisième est présent librement.

Une attaque qui a vidé le site de ses employés

Les faits reprochés sont graves : des tirs à l'arme à feu sur le site Orange de Saint-Mauront, qui a depuis été évacué de son millier d'employés. Ces derniers ont été contraints de rejoindre d'autres bureaux considérés comme plus sûrs. Paradoxalement, cette situation subie rencontre la satisfaction du syndicat CFE-CGC, qui réclamait depuis longtemps ce déménagement pour des raisons de sécurité.

2 000 euros pour briser des vitres

Lors de l'audience, le président du tribunal interpelle S., l'un des prévenus, qui reconnaît avoir perçu 200 euros pour briser une vitre du site à l'aide d'une pince et avoir filmé son méfait. « Si je rajoute un zéro, vous allez tuer ? », questionne sévèrement le magistrat. « Non, jamais de la vie je ferai du mal à quelqu'un. Ma mère m'a bien éduqué », assure S., temporairement sorti de détention préventive pour son procès.

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Au fil des interrogatoires, se dessine le portrait d'une équipe de jeunes en difficulté, motivés par la précarité et l'appât du gain. Un commanditaire mystérieux leur aurait promis 2 000 euros pour briser quelques vitres, avec pour objectif supposé de perturber le plan stup (traitement de la délinquance) du charbon de Félix Pyat, quartier voisin du site Orange, en attirant l'attention des forces de l'ordre dans le secteur.

Une recrutement via les réseaux sociaux

I., un autre des prévenus, explique avoir vu une annonce sur Snapchat. « Une personne vient, nous propose 2 000 euros pour briser quelques vitres. Je travaillais à Plan de Campagne et mon CDD s'était arrêté », témoigne-t-il. C'est d'ailleurs pour ce travail que son père lui avait prêté sa voiture, une Clio, qui a été repérée sur les bandes de vidéosurveillance et a permis aux enquêteurs de remonter jusqu'à cette jeune équipe.

Les faits se sont déroulés sur quatre nuits successives entre le Nouvel An et le 4 janvier, avant que les jeunes hommes ne satisfassent finalement leur commanditaire.

L'intérim ou l'école du crime ?

Face aux juges et à la procureure, les trois jeunes assument globalement les faits, mais la répartition précise des actes reste complexe. F., qui comparaît libre, semble être le moins impliqué, présent seulement la première nuit au volant de sa voiture personnelle avec ses deux co-prévenus. « Ils m'ont dit qu'ils allaient acheter à l'épicerie et je les ai déposés sans vraiment faire attention parce que j'étais sur mon téléphone », minimise-t-il.

En revanche, I. se trouve en difficulté lorsque le juge l'interroge sur la présence dans son téléphone d'une chaîne Telegram proposant des « missions », allant de guetteur pour 150 euros par jour à « sicario » pour 10 000 euros le « dodo ». « Ça, c'est vraiment un malentendu », tente de se justifier le jeune homme aux cheveux longs et au bouc naissant. « Je me baladais sur mon téléphone, et j'ai appuyé sur un lien. J'ai fait une erreur ».

Des regrets et des excuses

« La personne que vous voyez là n'est plus la même qu'il y a deux mois. J'ai réfléchi en prison. J'ai besoin qu'on me tende la main. J'ai fait une erreur. Une grosse erreur. J'ai merdé, je ne suis pas fier », multiplie-t-il les excuses.

Cette « grosse erreur » n'aurait d'ailleurs pas été rémunérée à hauteur des promesses. Les jeunes hommes affirment n'avoir touché que 500 euros au total, alors que le commanditaire avait initialement promis 2 000 euros, puis renchéri de 1 000 euros supplémentaires pour la quatrième nuit. « Face à ces gens, on ne peut pas se plaindre ; on se sent bredouille », justifie I.

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Un quatrième homme mystérieux

S., né en Italie de parents sénégalais et arrivé en France à 7 ans avec sa mère, reconnaît s'être attaqué à coups de pince à une vitre et avoir eu du mal à filmer à cause de ses gants. Il explique les traces de poudre retrouvées sur ses affaires par la présence d'un quatrième homme qu'il filmait, auteur des tirs et visible sur les caméras de surveillance, mais dont personne ne donne l'identité, par peur « des représailles », tout comme pour le commanditaire.

Sous le coup d'une OQTF (obligation de quitter le territoire français) vers un pays qu'il n'a jamais vu, ce jeune titulaire du Bafa a vu les larmes monter lorsque la procureure lui a donné une leçon de morale républicaine, après qu'il eut expliqué être en cours de régularisation.

Le préjudice pour Orange et ses salariés

« On peut facilement imaginer le traumatisme de ces salariés qui découvrent ou qui apprennent que leur lieu de travail a été la cible de criminels », plaide l'une des deux avocates d'Orange, qui sollicite un renvoi sur intérêts, étant incapable dans l'immédiat d'évaluer le préjudice subi par l'entreprise et ses salariés.

Des réquisitions sévères

« Ce n'est pas une erreur de parcours c'est une adhésion à des contre-valeurs malsaines, à une organisation criminelle qui gangrène la société », a tranché la procureure, qui a requis des « peines sévères et exemplaires » : un an ferme aménageable pour F., présent un seul soir ; deux ans pour S., assortis d'une interdiction de territoire de dix ans ; et trois ans ferme pour I.

Le verdict du tribunal

Après un délibéré rendu en début de soirée, le tribunal a finalement condamné I. à 18 mois de prison ferme aménageable et son complice S. à 15 mois ferme, également aménageable. Concernant F., le tribunal l'a relaxé de l'association de malfaiteurs mais l'a condamné à 12 mois de sursis.

Cette affaire met en lumière les mécanismes de recrutement de jeunes en situation précaire par des réseaux criminels, ainsi que les conséquences concrètes de tels actes sur les entreprises et leurs salariés.