Le gérant du centre équestre Lucky Horse de Mazan (Vaucluse), Daniel S., est jugé ce mercredi par le tribunal d’Avignon pour des actes de cruauté sur ses chevaux. L’affaire a été révélée par Cathy Duval, une ancienne cliente et lanceuse d’alerte, qui a témoigné de multiples maltraitances au sein de cette structure proposant des formations d’équithérapie.
Une alerte après dix ans de fréquentation
Cathy Duval, ancienne militaire à la retraite, a été cliente du ranch Lucky Horse pendant près de dix ans, à raison d’une séance par semaine. Séduite par les formations pour devenir équithérapeute proposées par Daniel S., elle a investi 18.000 euros pour se lancer. Mais le décor idyllique a laissé place à « un carnage », selon ses termes.
Le gérant se présentait comme l’inventeur de l’« équihomologie », définie sur son site comme « la science & l’art vivant de la communication non verbale avec le cheval ». Il se vantait, dans Vaucluse agricole, d’avoir aidé des « femmes en difficulté » et des « personnes en situation de handicap ». Un contexte qui rend l’affaire encore plus « abjecte », selon l’avocate Camille Morin, qui défend l’association Chevaux d’Eden, partie civile dans le dossier.
Des chevaux battus et étouffés
Dans son témoignage, Cathy Duval décrit des sévices répétés : une jument pleine enfermée dans le noir pendant des jours sans eau ni nourriture, une autre « traînée au sol et son frère matraqué ». Elle affirme que « tous les chevaux étaient tabassés avec un tube, une sorte de tuyau rigide avec un crochet au bout », jusqu’à ce qu’ils soient « insensibilisés », la gueule en sang.
Selon son récit, au moins deux équidés auraient été « euthanasiés » par étouffement avec des sacs plastiques, puis enterrés sur le terrain, « sous les oliviers ». Les chevaux « abîmés » ou « qui viennent d’être battus » étaient cachés dans un bâtiment en travaux. Après avoir lancé l’alerte en juin 2025, Cathy Duval a été exclue de sa formation sans remboursement.
Un milieu confronté à des difficultés structurelles
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de maltraitance équine. Fin octobre, 200 chevaux ont été saisis près de Bourges (Cher), leurs propriétaires n’ayant plus les moyens de les nourrir. En 2024, la gérante du centre La clé des champs, dans le Loir-et-Cher, Daisy Vaillant, a recueilli deux chevaux « arrivés dans un état de maigreur avancée ».
Le statut juridique de l’équidé, considéré comme un animal de rente, complique la protection. Guillaume Blanc, directeur de l’accompagnement à la filière équine à l’Institut français du cheval et de l’équitation (Ifce), rappelle l’existence d’une réglementation stricte : identification, registre d’élevage, désignation d’un vétérinaire et certificat de compétences. Mais ces règles sont insuffisamment contrôlées, déplore Lisa Fernandez, de l’association Les 3 dindes : « Il y a des normes auxquelles on doit se plier mais si on ne le fait pas, personne ne le voit. »
La direction départementale de la protection des personnes (DDPP) vérifie 5 % des propriétaires par an, en plus des plaintes. Dans le Loiret, 23 contrôles ont été effectués en 2025, dont huit ont donné lieu à des mises en demeure. Lisa Fernandez pointe aussi le coût de la nourriture et la méconnaissance des propriétaires, tandis que Daisy Vaillant estime que le problème vient de la formation des professionnels.
Former, sensibiliser et réprimer
La Fédération française d’Équitation (FFE) a lancé un programme pour former et sensibiliser les professionnels au bien-être animal. « Ces sujets prennent de plus en plus de place avec l’évolution du regard de la société », précise Deborah Bardou, chargée de mission à la FFE. Lisa Fernandez réclame pour sa part d’« éduquer, légiférer et réprimer plus sévèrement ».
Après le procès de Daniel S., d’autres affaires seront jugées, et un volet « humain » devrait s’ajouter à celle du ranch de Mazan, avec des chefs d’accusation incluant « travail dissimulé, corruption de mineurs, escroquerie et dérives sectaires », selon la lanceuse d’alerte.