Lynchage mortel à Montpellier : Farid Abassa condamné à 20 ans, deux autres à 10 ans
Lynchage mortel à Montpellier : peines de 20 et 10 ans

Lynchage mortel à Montpellier : Farid Abassa condamné à 20 ans de réclusion criminelle, Nabil Arif et Ramzi Bounab à 10 ans

Depuis lundi, trois Montpelliérains étaient jugés devant la cour d'assises pour le meurtre d'un quinquagénaire survenu le 13 juin 2023. Le verdict est tombé, marqué par le silence des uns, les invraisemblances des autres, les non-dits et les dépositions changeantes. En l'absence de caméras de vidéosurveillance, le dossier s'est avéré complexe pour les magistrats et les jurés.

Les faits se sont déroulés dans le quartier des Gémeaux à La Paillade. Ali Belhoussaine, 55 ans, sous curatelle, a été victime d'un lynchage mortel. Dans le box des accusés, trois hommes : Nabil Arif (25 ans) et Ramzi Bounab (29 ans) qui nient toute violence, et Farid Abassa (37 ans) qui reconnaît avoir porté des coups mais nie avoir tué.

Les plaidoiries des parties civiles

Me Luc Abratkiewicz, pour les parties civiles, a déclaré : « Monsieur Abassa n'est pas seul dans ce box, mais les proches de la victime ne voient plus que lui. Ce soir-là, il avait une rage homicide, pointée du doigt par tout le monde. En plus des coups, il y a ses menaces : “Je vais le tuer”. Il a fait preuve d'une triple lâcheté : frapper un homme handicapé mental, au sol, et à plusieurs reprises dans une zone vitale, la tête. »

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Les réquisitions de l'avocat général

L'avocat général Serge Cavaillez a requis 20 ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté de 13 ans et 4 mois contre Farid Abassa, qualifié d'« auteur principal de cette scène de violences ». Pour Nabil Arif et Ramzi Bounab, il a reconnu que les éléments du dossier étaient moins accablants, mais s'est appuyé sur le témoignage d'un mineur de 17 ans pour requérir 15 ans de réclusion.

La défense de Nabil Arif

Me Marc Gallix a vivement contesté les réquisitions : « Votre réquisitoire est inconsistant et vide. Vous avez requis 20 ans contre Abassa et seulement cinq ans de moins pour les deux autres alors qu'on ne sait même pas s'ils ont porté un coup. Même l'auteur principal dit que mon client n'a pas frappé. Vous vous appuyez sur le témoignage d'un mineur, dealer, qui a menti lors de sa première audition et qui avait des traces de sang sur ses chaussures non analysées. C'est incompréhensible. » Me Garance Tursan a renchéri : « Nabil Arif est dans le box sur la base d'une seule déclaration, alors que six autres témoins affirment qu'il n'a pas porté de coup. Aucun ADN ni trace de sang de la victime n'a été retrouvé sur lui. »

La défense de Ramzi Bounab

Me Khadija Aoudia s'est insurgée : « Quelle crédibilité accorder à un charbonneur, menteur, qui est le seul à livrer cette version ? Même Farid Abassa, qui reconnaît avoir porté des coups, affirme que mon client et Nabil Arif n'ont pas commis de violences, alors même que les deux l'incriminent de s'être acharné à coups de pied sur Ali Belhoussaine. Peut-on invoquer une responsabilité collective parce qu'on n'a pas pu déterminer qui a fait quoi ? Je ne crois pas. »

La défense de Farid Abassa

Me Baptist Agostini a interpellé les jurés : « Avez-vous la certitude irréfutable que Farid Abassa a voulu tuer ? Vous êtes là pour juger une responsabilité pénale : “avoir voulu donner la mort”. Vous ne pouvez pas picorer d'un côté et de l'autre et condamner sans preuve. » Me Gérald Pandelon a critiqué l'enquête menée par le frère de la victime, qui a orienté les investigations et donné les premiers noms. Selon lui, certains témoignages portent la marque de cette influence. Il a recontextualisé : « Farid Abassa a été attaqué par un homme armé, agressif et dangereux. Il a eu un instinct de survie. L'excès de défense ne constitue pas l'intention de tuer. Le doute doit profiter à l'accusé. »

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Le verdict

Le président Éric Emmanuelidis a annoncé le verdict : les trois accusés ont été déclarés coupables non pas de meurtre, mais de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, en réunion. Farid Abassa a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté de 14 ans, en raison de son état de récidive légale. Nabil Arif et Ramzi Bounab ont été condamnés à 10 ans de réclusion criminelle chacun. Les trois accusés disposent de dix jours pour interjeter appel.