Un procès exceptionnel aux assises de Paris
Pendant plus de trois mois, du 30 mars au 17 juillet, la cour d'assises de Paris va juger une affaire criminelle d'une ampleur rare. Vingt-deux accusés comparaissent pour des faits graves incluant meurtre en bande organisée, tentative de meurtre en bande organisée, association de malfaiteurs et vols avec violences. Au cœur de ce dossier tentaculaire se trouve une loge maçonnique des Hauts-de-Seine, soupçonnée d'avoir monté une véritable officine du crime.
Des barbouzes de la DGSE à la garde à vue prolifique
L'affaire prend une tournure spectaculaire en juillet 2020 lorsque deux hommes, habillés tout de noir et cagoulés, sont interpellés près du domicile de Marie-Hélène D. à Créteil. Ils prétendent être des militaires du service Action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) en mission « Homo » (pour homicide). L'enquête révèle rapidement qu'il s'agit en réalité de simples gardiens de la base militaire de Saran-Cercottes dans le Loiret, recrutés pour cette opération illégale.
Le fil conducteur mène à Daniel Beaulieu, policier à la retraite né à Agen en 1954, ancien de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Arrêté en janvier 2021, il se met immédiatement à table lors de sa garde à vue. Il reconnaît avoir confié un contrat pour « neutraliser » Marie-Hélène D., mais révèle surtout que ce n'était pas sa première mission de ce type.
La loge Athanor : carrefour criminel
L'enquête établit que Daniel Beaulieu agissait souvent sur commande de Frédéric Vaglio, chef d'entreprise originaire de Savoie. Les deux hommes se sont rencontrés au sein de la loge maçonnique Athanor à Puteaux dans les Hauts-de-Seine. Cette fraternité maçonnique devient le centre névralgique d'un système criminel bien rodé.
Frédéric Vaglio est accusé d'avoir ciblé plusieurs personnes :
- Le maire de Saint-Maur-des-Fossés en 2016, dont sa femme était l'opposante
- Le pilote automobile Laurent Pasquali, tué par balle en novembre 2018
- Un syndicaliste en 2020, avec un projet de « neutralisation » finalement avorté
Une mécanique criminelle bien huilée
Pour exécuter ces missions, Daniel Beaulieu s'appuyait sur Sébastien Leroy, agent de protection rapprochée interpellé le 26 juillet 2020. Ce dernier assurait agir « pour l'État français », convaincu par Beaulieu que ses cibles étaient des « ennemis de l'État » ou, dans le cas de Marie-Hélène D., « liée au Mossad ».
Marie-Hélène D., cheffe d'entreprise à la tête du syndicat interprofessionnel des métiers du coaching, s'est retrouvée propulsée dans ce vaste dossier parce qu'elle prévoyait de faire adopter une labellisation des entreprises du secteur. Un concurrent, également membre de la loge Athanor, aurait fait part de ses inquiétudes à Vaglio, déclenchant la chaîne criminelle.
L'engrenage judiciaire et les conséquences humaines
Cette mécanique criminelle, qui a fait une dizaine de victimes identifiées, ne s'est grippée que par hasard avec l'arrestation des deux militaires en juillet 2020. Depuis, les trois frères de loge se rejettent mutuellement la responsabilité, évoquant des phénomènes d'emprise et de domination.
Daniel Beaulieu, en détention provisoire, a fait une tentative de suicide le lendemain de son incarcération. Il en est sorti avec un lourd handicap et des troubles de la mémoire, ce qui a conduit à des revirements dans ses déclarations. Son témoignage, comme ceux de l'ensemble des accusés, sera particulièrement scruté par la vingtaine de parties civiles durant ce long procès.
Ce dossier rocambolesque, digne d'un scénario de film d'espionnage, nécessitera toute l'attention de la justice pendant ces plus de trois mois d'audience pour démêler les responsabilités de chacun dans cette incroyable affaire criminelle.



