Procès d'une loge maçonnique accusée de réseau criminel organisé à Paris
Loge maçonnique au cœur d'un procès pour réseau criminel à Paris

Un procès exceptionnel s'ouvre sur les activités criminelles d'une loge maçonnique

Ce lundi marque le début d'un procès d'une ampleur considérable à la cour d'assises de Paris, une audience qui s'annonce pour durer plus de trois mois. Au centre des débats judiciaires se trouve une loge maçonnique située dans les Hauts-de-Seine, formellement accusée de dissimuler en son sein un véritable réseau de criminalité organisée aux ramifications multiples et inquiétantes.

Vingt-deux hommes face à la justice pour des accusations graves

Âgés de 30 à 73 ans, pas moins de vingt-deux hommes comparaissent devant la cour, confrontés à des accusations particulièrement lourdes incluant des tentatives de meurtre, des violences aggravées et une association de malfaiteurs en bande organisée. L'affaire, d'une complexité remarquable, trouve son origine dans un assassinat qui a échoué de justesse.

Le point de départ remonte au 24 juillet 2020, lorsque deux militaires sont interpellés non loin du domicile de Marie-Hélène Dini, une coach en entreprise bien connue dans son milieu professionnel. Ces militaires affirment alors avoir reçu pour mission d'éliminer un agent présumé du Mossad, prétendument pour le compte de l'État français lui-même, et déclarent avoir été manipulés de manière sophistiquée.

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La loge Athanor de Puteaux sous les projecteurs de l'enquête

Marie-Hélène Dini, qui n'est en réalité pas une espionne, possédait néanmoins un ennemi déterminé dans le milieu concurrentiel du coaching : Jean-Luc Bagur, un collectionneur d'armes passionné et surtout « vénérable maître » de la loge maçonnique Athanor. Cette loge, établie à Puteaux dans les Hauts-de-Seine, servait de point de rencontre central à un réseau à la fois fraternel et criminel, dont les ramifications s'étendaient bien au-delà des apparences.

Selon les éléments solides de l'enquête, Jean-Luc Bagur, aujourd'hui âgé de 69 ans, aurait confié pour « 70.000 euros hors taxes » la mission d'éliminer sa concurrente gênante à un autre « frère » de la loge, Frédéric Vaglio, illustrant ainsi les mécanismes internes de ce groupe.

Une obédience maçonnique et des profils d'accusés variés

La loge Athanor, dont le nom évoque un fourneau à combustion lente symbolisant traditionnellement la transformation intérieure, était l'une des 700 loges établies sous l'obédience de la Grande Loge Alliance Maçonnique Française (GLAMF), fondée en 2012. Elle comptait approximativement une vingtaine de membres, dont au moins cinq sont directement impliqués dans les activités criminelles mises en lumière par l'officine judiciaire.

Parmi les accusés, on retrouve des profils étonnamment variés et souvent sans antécédents judiciaires : quatre militaires de la direction générale du renseignement extérieur (DGSE), trois policiers en activité, six chefs d'entreprise, un agent de sécurité, un médecin, et même une ingénieure. Leur implication s'étend sur un spectre large, allant de la simple complicité jusqu'au meurtre prémédité.

Les têtes pensantes et les exécutants du réseau

Trois francs-maçons émergent comme les têtes pensantes principales de cette organisation. Les « missions » criminelles étaient confiées à Daniel Beaulieu par l'intermédiaire de Frédéric Vaglio et de Jean-Luc Bagur, ce dernier étant identifié comme le commanditaire ultime. Daniel Beaulieu, s'appuyant sur son statut prestigieux d'ancien agent des renseignements, parvenait à motiver Sébastien Leroy, qui se chargeait personnellement ou via son propre réseau des basses-œuvres concrètes du trio. Ces quatre hommes encourent désormais la réclusion criminelle à perpétuité, la peine maximale.

Les deux militaires, Carl Esnault et Pierre Bourdin, chargés d'assassiner Marie-Hélène Dini, ainsi que Yannick Pham, mis en examen pour complicité de tentative de meurtre, font également face à des peines extrêmement lourdes.

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Une escalade criminelle et plus d'une centaine de méfaits

Les « missions » confiées à ce petit réseau mafieux, généralement transmises à Daniel Beaulieu par Frédéric Vaglio, ont connu une escalade progressive et alarmante. Elles ont inclus l'agression et le vol d'un ordinateur par un faux livreur de pizzas, l'incendie volontaire d'une voiture, le dépôt de rats morts dans un jardin privé, et l'agression violente d'un élu du Val-de-Marne.

Le point culminant de cette spirale fut l'assassinat, en novembre 2018, du pilote automobile Laurent Pasquali, lié à un recouvrement de dettes. Il s'agissait de la première mission qualifiée « homo » - pour homicide - confiée à Sébastien Leroy. C'est lui qui a envoyé à Daniel Beaulieu une photographie macabre du corps de Laurent Pasquali, déposé dans un trou creusé dans une forêt de Haute-Loire. Sébastien Leroy avait également recruté les deux militaires chargés d'assassiner Marie-Hélène Dini.

Manipulation et convictions erronées

Persuadé de servir les intérêts de l'État, selon ses propres déclarations, Sébastien Leroy a expliqué aux enquêteurs avoir été « progressivement manipulé » par Daniel Beaulieu. Ce dernier lui avait d'abord proposé de « devenir une source » puis un « informateur pour le renseignement intérieur », l'engageant ainsi sur une pente glissante.

Des dizaines d'autres affaires criminelles sont apparues au cours de l'enquête approfondie, comme les menaces de mort proférées contre l'actuel député Sylvain Berrios, maire LR de Saint-Maur-des-Fossés dans le Val-de-Marne entre 2014 et 2024. Ce dernier a été la cible d'un « faux accident » qui, selon les protagonistes, aurait pu le mener « de la chaise roulante au cercueil ». Un autre élu de la ville, Jean-François Le Helloco, a été violemment frappé en 2016 avant d'être photographié par ses agresseurs, ensanglanté au sol.

Des projets criminels avortés et des estimations divergentes

Certains crimes sont restés à l'état de projets, comme la neutralisation envisagée d'un opposant politique congolais, celle d'un individu qualifié de « salafiste » en Haute-Savoie, ou encore l'extorsion planifiée contre un milliardaire russe résidant à Monaco.

Les estimations du nombre total d'assassinats varient considérablement parmi les accusés. Sébastien Leroy a déclaré lors de sa garde à vue qu'il pourrait y avoir entre 10 et 20 assassinats au total, mentionnant notamment la mort mystérieuse d'un ambassadeur chinois en Israël. À l'inverse, l'ancien agent des renseignements Daniel Beaulieu estime que ces meurtres se comptaient « sur les doigts d'une main », soulignant les contradictions internes.

Le silence inquiétant d'une tête pensante clé

Incarcéré à l'issue de sa garde à vue, Daniel Beaulieu, ancien agent des renseignements reconverti dans l'intelligence économique et figure centrale de l'affaire, a été retrouvé « gisant dans une mare de sang » par une surveillante dans sa cellule, en janvier 2021, à la maison d'arrêt de Meaux-Chauconin.

Âgé de 66 ans à l'époque, cet homme qui menait une double vie « parfaitement cloisonnée » depuis plus de vingt ans, n'a plus aucun souvenir de ce qui s'est passé « en raison de ses blessures graves et de son coma prolongé ». Il souffre de séquelles importantes incluant un traumatisme crânien, lombaire et cervical.

Des expertises médicales approfondies ont été ordonnées par la justice afin de déterminer s'il était en état de supporter le poids de l'audience. Aujourd'hui âgé de 72 ans et se déplaçant en fauteuil roulant, Daniel Beaulieu reste capable de raisonner, mais présente des troubles significatifs de la concentration, ajoutant une complexité supplémentaire à ce procès déjà hors norme.