Un procès qui surprend étudiants et professeur de droit
Ce lundi au tribunal judiciaire de Paris, dans la salle 2.03, une scène inhabituelle se déroule. Un professeur de droit, accompagnant une vingtaine d'étudiants en première année d'école de commerce, s'exclame : « Excusez-moi, Laurent Boyer, c'est bien l'animateur télé ? » Ils sont entrés « par hasard » dans cette audience où comparaît l'ancienne vedette de M6 et RTL, aujourd'hui âgée de 68 ans.
« C'est un mec qui était connu », murmure le professeur à ses jeunes élèves, qui ignorent tout de celui qui a présenté dans les années 1990 et 2000 des émissions cultes comme Graines de Star ou Fréquenstar. Vêtu d'une redingote noire, d'une chemise blanche, d'une cravate nouée de façon lâche et d'un pantalon de cuir, Laurent Boyer apparaît comme une figure d'un autre temps, presque ringarde à l'ère des réseaux sociaux.
Un visage méconnu derrière la célébrité
Jugé devant la 10e chambre du tribunal correctionnel, l'animateur révèle un visage que ses téléspectateurs n'ont probablement jamais vu : celui d'un homme maladivement fragile, à la santé mentale vacillante. Le sexagénaire est accusé d'avoir violenté et harcelé Emilie S., une ancienne compagne de 20 ans sa cadette, notamment en publiant des photos intimes d'elle sur Facebook et Instagram.
« Dire que j'aimais bien ce gars », lâche le professeur de droit, installé dans les bancs du public, absorbé par le résumé de l'affaire par le président du tribunal.
« La femme de ma mort » : une relation passionnelle et destructrice
L'histoire commence en mai 2016. « J'étais fou amoureux d'elle. C'était la femme de ma vie, la femme de ma mort. Je n'avais jamais eu ce type de relation au préalable. Je suis immédiatement tombé raide dingue », déclare Laurent Boyer à la barre. Leur relation prend fin une première fois en 2021, avant une brève réconciliation en 2023.
En avril 2024, Emilie S. dépose plainte au commissariat du 17e arrondissement de Paris. Cette blonde aux cheveux mi-longs, vêtue d'une chemise blanche, d'un gilet beige et d'un jean bleu clair, dénonce huit années de violences physiques et psychologiques ponctuelles. Elle évoque les photos en soutien-gorge publiées sur les réseaux sociaux, le crachat reçu au visage une nuit de réveillon, la Rolex offerte par son père qu'il aurait brisée de rage, ainsi que les insultes et les coups.
Des réponses décousues et des troubles mentaux révélés
À l'audience, Laurent Boyer peine à répondre simplement aux questions du président. Son esprit divague, il bifurque, s'emporte, et ses phrases deviennent parfois incompréhensibles. Son avocate, Me Marie-Alix Canu-Bernard, intervient à plusieurs reprises pour traduire ou reformuler ses réponses incohérentes.
La pénaliste explique aux magistrats que son client est « un peu particulier » : diagnostiqué HPI (haut potentiel intellectuel) et souffrant d'un TDAH (trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité), il ne répond jamais par oui ou non et abuse de dictons populaires et de citations d'auteurs préférés.
Des accusations qui « effondrent » l'ancien animateur
Le prévenu se dit « effondré » par les accusations de son ex-compagne. « J'ai vécu avec elle un amour extrême, un amour équilibré, poursuit-il. C'était une relation osmotique remarquable. » Laurent Boyer reconnaît avoir pu être jaloux, mais assure : « Je n'ai jamais été violent avec qui que ce soit, je ne me vois pas donner des coups. »
Il concède cependant avoir eu des mots « très durs » envers Emilie S., parce qu'elle le « poussait à bout ». « On s'est invectivé, oui bien sûr. Mais quelque part, c'est un ressort de la passion, de l'amour. » En revanche, il affirme être « incapable » d'avoir créé un compte Facebook à son nom, une défense qui semble fragile face aux preuves de l'accusation.
Une carrière suspendue et une image « abîmée »
L'ancienne personnalité télévisuelle évoque les conséquences dramatiques de cette affaire sur sa vie professionnelle. Suspendu d'antenne à RTL « à cause du procès », il estime qu'« on touche à [sa] probité ». « J'ai mis quarante-cinq ans à avoir une image qui n'a jamais été ni abîmée, ni détruite… une très belle image », déplore-t-il.
Le témoignage poignant d'Emilie S.
Si Emilie S. a tant tardé à porter plainte, c'est parce qu'elle voulait « le protéger ». « Et me protéger aussi d'une certaine manière », ajoute la quadragénaire, visiblement très émue à la barre. « Je l'aimais, c'est con. Je ne voulais pas lui faire de mal, je me disais qu'il était malade et que s'il s'excusait, je pouvais en faire autant par amour. »
Aujourd'hui, elle souffre d'un manque de confiance et fait des cauchemars. « J'ai besoin que ça soit derrière », confie-t-elle. Son avocate, Me Manon François, souligne l'accumulation de « termes outrageants, humiliants, dégradants », des mots « particulièrement sales, vraiment sales », et évoque un « comportement au bord du harcèlement ».
La santé mentale au cœur des débats
Le procureur, qui se pose « la question de la santé mentale » du prévenu, requiert huit mois de prison avec sursis probatoire de trois ans et une amende de 5 000 euros. Il déplore la faiblesse des explications de Laurent Boyer, qu'il estime ne pas être « quelqu'un de gentil ».
Ces propos provoquent la colère de Me Canu-Bernard, qui dénonce « un travail d'enquête ni fait ni à faire » de la part des policiers. L'avocate plaide la relaxe, expliquant que son client s'est retrouvé embarqué dans une relation toxique où « tout ça se fait à deux ». Elle insiste sur le fait que sa carrière et son honneur « ont été réduits à néant, avant toute sentence définitive ».
Le jugement sera rendu le 11 mai, laissant dans l'attente un homme brisé et une victime cherchant à tourner la page.



