François Korber : de l'enfant terrible de Bordeaux au défenseur des droits des détenus
Korber : du scandale politique à la défense des prisonniers

L'ascension et la chute d'un enfant terrible bordelais

Le nom de François Korber a marqué l'actualité bordelaise et nationale dans les années 1980. Né à Paris en 1952 dans une famille bourgeoise originaire de la région bordelaise, cet adolescent studieux fait ses études dans l'enseignement privé catholique avant de préparer Normale Sup au lycée Henri-IV. Bien qu'échouant au concours, il y rencontre Carine, qu'il épouse contre l'avis de sa famille.

Une carrière politique prometteuse tourne court

À 26 ans, en 1977, le jeune khâgneux s'engage en politique dans le sillage de l'ancien maire de Bordeaux, Jacques Chaban-Delmas. Le RPR de l'époque l'envoie dans des circonscriptions de gauche réputées imprenables sur la rive droite. Il se présente sans succès aux municipales de 1978 à Tresses en Gironde, puis aux cantonales partielles de Créon en 1980 et à la législative partielle dans la 4e circonscription pour succéder à Philippe Madrelle.

Sa fiche de candidat publiée dans Sud Ouest le présente comme diplômé d'études supérieures d'histoire, de lettres et de droit, préparant activement une thèse de doctorat sur la fin de la IIIe République et le régime de Vichy. Ces échecs électoraux successifs le laissent exsangue financièrement.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

L'affaire Korber : un fait divers qui secoue Bordeaux

Le 14 mars 1982, l'un de ses colleurs d'affiches, Jacky Eichers, est assassiné d'une balle de 22 Long Rifle par Roger Ambeau dans sa permanence électorale avenue Thiers. Le corps, ficelé dans un carré de moquette, est jeté dans la Dordogne avant d'être découvert trois jours plus tard à Saint-Pey-de-Castets.

L'enquête révèle que le candidat du RPR s'est livré avec une bande de demi-sels à un trafic de contrebande d'or entre la France et le Luxembourg, et qu'Eichers était devenu un gêneur. Sud Ouest titre le 11 avril 1982 : Deux balles dans la tête pour une escroquerie.

Arrestation et procès retentissant

Arrêté le 9 avril 1982 avec Ambeau, Korber refuse le 10 juin suivant de se prêter à la reconstitution du meurtre. Il clame son innocence et dénonce un règlement de comptes politico-judiciaire. Jugé deux fois après cassation du premier verdict, il écope de quinze ans de prison pour complicité d'assassinat en 1988.

Libéré le 1er octobre 1991, il est à nouveau incarcéré en juillet 1992 pour usage de chèques d'origine douteuse. En 1994, l'ancien jeune loup chabaniste tente un retour en politique sous l'étiquette Bordeaux Renaissance pour les municipales de 1995, mais la justice ne lui rend pas ses droits civiques.

La métamorphose en défenseur des droits des détenus

Au total, François Korber aura passé près de vingt-cinq ans derrière les barreaux, entrecoupés de quelques rares mois de liberté. Mais c'est dans l'univers carcéral qu'il opère sa transformation la plus surprenante.

De prisonnier à spécialiste du droit pénal

Derrière les murs des prisons, il devient un spécialiste reconnu du droit pénal. Il obtient en 1994 un arrêt de la Cour de cassation qui porte son nom, permettant de s'opposer à la révocation d'une libération conditionnelle. En 1999, alors détenu à Gradignan, il fait condamner le Centre hospitalier régional pour absence de soins.

En 2004, il obtient du tribunal administratif de Clermont-Ferrand la venue d'un huissier pour constater l'état de sa cellule, une première en France. Ces victoires juridiques font de lui un poil à gratter de l'administration pénitentiaire.

Un militantisme infatigable après sa libération

Lors de sa libération le 3 avril 2009, le Bordelais fonde à Paris l'association Robin des Lois et intensifie son combat pour les droits des détenus. Membre de l'Observatoire international des prisons et de l'association Ban public, il obtient en février 2011 la télévision à 8 euros par mois pour tous les détenus.

En 2016, il s'oppose à la vente par sa mère de la collection familiale du Petit Hôtel Labottière. L'année suivante, il milite pour l'installation de bureaux de vote dans les prisons et pour le droit des prisonniers à posséder un téléphone portable, saluant en 2018 l'installation de téléphones fixes dans les cellules.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Le parcours de François Korber reste celui d'une comète politique devenue, à travers l'épreuve carcérale, un défenseur acharné des droits fondamentaux des personnes incarcérées, marquant durablement le paysage judiciaire français par ses combats juridiques.