Isabelle Adjani face à la justice fiscale : une défense fondée sur la « phobie des papiers »
L’actrice Isabelle Adjani, âgée de 70 ans, a comparu mercredi devant la cour d’appel de Paris pour une affaire de fraude fiscale. Lors de son audition, elle a fermement nié être « la voleuse du siècle », se présentant plutôt comme une « proie » et une victime d’escroqueries successives. Sa défense s’est articulée autour d’un argument étonnant : une « phobie administrative » qui l’aurait empêchée de gérer ses obligations fiscales.
Une actrice dépassée par ses affaires financières
Devant les juges, Isabelle Adjani a reconnu avec émotion qu’elle n’avait « jamais rempli une fiche d’impôt ». Elle a justifié cette situation en déclarant : « J’ai la phobie des papiers. Et heureusement, car ça aurait été désastreux ». La voix serrée, elle a expliqué avoir confié la gestion de ses affaires à des conseillers, espérant qu’elles seraient traitées « en bonne et due forme ». Cette approche rappelle étrangement la « phobie administrative » invoquée par l’ancien secrétaire d’État Thomas Thévenoud dans ses propres démêlés judiciaires.
L’actrice a déjà été condamnée en 2013 à deux ans d’emprisonnement avec sursis et 250 000 euros d’amende pour domiciliation fictive au Portugal en 2016 et 2017, ainsi que pour dissimulation d’une donation en prêt. Malgré cela, elle persiste à rejeter la responsabilité sur ses conseillers fiscaux et sur des tiers, notamment l’un des gérants de sa société Isia Films et son ex-compagnon, le médecin Stéphane Delajoux, qu’elle accuse même « d’avoir euthanasié sa mère ».
Des accusations et des justifications troublantes
Isabelle Adjani a tenté de minimiser son rôle dans les irrégularités fiscales, affirmant : « Je ne vais jamais contourner l’impôt et me retrouver dans une situation d’illégalité, pour quoi faire ? Je n’ai pas l’intelligence de la manœuvre des escrocs ». Pourtant, les faits semblent contredire ses propos. Elle a notamment évoqué un prêt de deux millions d’euros de la part de l’homme d’affaires Mamadou Diagna Ndiaye, niant avoir cherché à masquer une donation pour éviter 1,2 million d’euros de droits de mutation. « Je le rembourserai jusqu’au dernier centime », a-t-elle assuré.
La présidente de la cour, Pascaline Chamboncel-Saligue, a résumé la situation en notant l’incapacité de l’actrice à estimer le montant de ses impôts, qui s’élèvent à environ 455 000 euros en 2023. « Vous avez d’autres priorités que le financier », a-t-elle observé. Isabelle Adjani, très émue, a admis : « Je suis la proie idéale et j’ai horreur de vous le dire ».
Une vie fiscale qualifiée d’« habillage permanent »
L’avocat de la Direction générale des finances publiques, Me Ralph Boussier, a présenté une vision beaucoup moins clémente de la situation. Il a soutenu qu’Isabelle Adjani était résidente en France avec une résidence non habituelle au Portugal, malgré ses déclarations sur son domicile à Carcavelos. « Toute la vie fiscale de Madame Adjani est un habillage permanent, on saute d’une dette à une autre, de gentils donateurs vous donnent un appartement gratuit ou deux millions d’euros », a-t-il affirmé.
Lors des échanges avec l’avocat général Laurent Couderc, l’actrice a reconnu ne pas avoir été capable de « jauger de la virtuosité » de son conseiller fiscal. « Vous jouez de malchance », a-t-il rétorqué, à quoi elle a répondu : « Je ne vous le fais pas dire ». Cette défense basée sur la malchance et la vulnérabilité contraste avec la gravité des accusations portées contre elle.
L’audience doit reprendre jeudi après-midi avec les réquisitions du parquet et les plaidoiries de la défense. Le procès met en lumière les difficultés rencontrées par une personnalité publique face à des obligations administratives complexes, mais aussi les limites de l’argument de la « phobie » dans un contexte judiciaire sérieux.



