Un ancien délégué syndical de la Fromagerie des Chaumes jugé pour harcèlement sexuel
Un ancien délégué syndical de la Fromagerie des Chaumes, située à Mauléon-Licharre, a comparu ce lundi 30 mars devant le tribunal correctionnel de Pau. La justice lui reproche des faits de harcèlement et d'agressions sexuelles sur son lieu de travail, des accusations qui ont profondément marqué les victimes. « Ses gestes et ses paroles ont détruit ma vie », a confié Cindy lors de l'audience, résumant le traumatisme subi.
Six plaignantes témoignent d'un système de prédation
Comme Cindy, deux des six plaignantes sont venues témoigner en personne des faits de harcèlement sexuel et des agressions qu'elles auraient subies à la Fromagerie des Chaumes de Mauléon et aux chalets d'Iraty. Ces événements, situés entre 2016 et 2023, auraient été commis par leur responsable, un homme né en 1968, alors délégué syndical de la fromagerie. Jeunes intérimaires, les plaignantes avaient entre 20 et 30 ans à l'époque des faits.
Autour d'elles, une cinquantaine de personnes au moins sont venues les soutenir lors de cette audience, pourtant attendue de longue date après un report en juillet dernier. Parmi les soutiens figuraient des proches, mais aussi des militantes féministes des associations Nous toutes et Partageons nos silences. « On vous croit », proclamait une large banderole déployée devant le palais de justice, un message fort de solidarité envers les victimes.
Parole contre parole : les versions s'opposent
Le prévenu, placé sous contrôle judiciaire en avril 2025, conteste systématiquement les agressions sexuelles qui lui sont reprochées. Il nie avoir posé ses mains sur les hanches, les fesses ou les seins de ces jeunes femmes, sur lesquelles il avait une autorité hiérarchique. Il affirme n'avoir jamais tenté de les embrasser ni de les bloquer contre un mur, une porte, une palette ou un frigo pour obtenir une faveur. « Jamais », assure-t-il, insistant sur son innocence.
C'est donc sa parole contre celle des plaignantes. Cependant, l'avocate des parties civiles, maître Stéphanie Germa, et le procureur Richard Pineau soulignent que les récits des victimes décrivent un mode opératoire identique, « qu'elles ont subi à des époques et des lieux différents ». « Difficile de penser que ce sont les victimes qui mentent », estime le représentant du ministère public, mettant en lumière la cohérence des témoignages.
Une ambiance de cour de récréation graveleuse à l'usine
L'audience, qui a duré plus de deux heures, a décrit une ambiance de cour de récréation graveleuse à la Fromagerie des Chaumes. Les insultes gratuites, les surnoms dégradants et les blagues à connotation sexuelle fusaient aussi vite que les confettis de fromage ou les verres d'eau qu'on se jetait au visage, soi-disant pour rigoler. Parmi les propos rapportés : « Bonjour les thons ! », « Salut les sagaces », « T'as baiser ce matin ? », « Je vais te prendre entre deux palettes et tu vas voir ce qu'est un homme », ou encore « J'espère que t'es meilleure au lit qu'au boulot ».
Le prévenu reconnaît du bout des lèvres les faits de harcèlement sexuel, mais préfère parler d'humour et d'ambiance potache au sein de l'usine. « J'ai compris la leçon. Je ne parle plus de fesse », assure-t-il, considérant son licenciement pour faute grave comme une gifle. Il suggère même un complot des plaignantes, lasses des remontrances d'un chef exigeant et un peu rude. Son épouse, témoignant durant les auditions, le décrit comme « un homme rustre, mais pas un agresseur ».
Le traumatisme des victimes et les réquisitions du parquet
Les plaignantes, quant à elles, décrivent des humiliations quotidiennes, la peur de se rendre au travail, l'ostracisme pour celles qui osent dénoncer, et un long parcours de reconstruction. Clémence évoque ses souffrances, tandis que Cindy confie : « Ses mots étaient comme des poignards ». Pour Lucie, les agissements du quinquagénaire ont réveillé le traumatisme d'un viol subi durant son adolescence. « Notre parole est mise en doute, pourtant moi je sais que c'est la vérité et lui aussi », a-t-elle écrit, laissant son avocate lire son texte.
Le procureur, peu amène avec le prétexte de la grivoiserie complice, s'est emporté : « J'ai eu parfois la nausée en lisant le dossier. Pourtant j'en ai vu d'autres ». Pour le parquet, le harcèlement sexuel est caractérisé, et il porte crédit aux récits d'agressions. Son réquisitoire réclame deux ans de prison avec sursis et l'interdiction de contact avec les plaignantes. Les six parties civiles, de leur côté, réclament chacune 15 000 euros pour les préjudices subis.
La défense invoque le contexte et la prescription
Pour la défense du quinquagénaire, maître Maxime Barnaba ne cherche pas à excuser les propos grivois de son client, mais à les replacer dans le contexte de l'usine de Mauléon. Il évoque un environnement « permissif », une ambiance « immature » et « débridée », dont le prévenu ne serait ni à l'origine, ni le seul acteur. L'avocat convoque également le droit pour plaider que nombre des faits reprochés sont touchés par les délais de prescription, une stratégie visant à atténuer la responsabilité de son client.
Le tribunal a rendu son délibéré le 30 avril, clôturant une procédure qui a mis en lumière les dysfonctionnements au sein de cette entreprise fromagère. Cette affaire soulève des questions plus larges sur la culture d'entreprise et la protection des travailleurs contre le harcèlement sexuel, un fléau qui continue de sévir dans de nombreux secteurs professionnels.



