Une communauté d’une trentaine de personnes, dirigée par un gourou néerlandais de 73 ans, a été démantelée fin février à Saint-Laurent-de-Cerdans, dans les Pyrénées-Orientales. Le groupe, installé dans un hameau et un gîte d’hôte, est soupçonné de graves dérives sectaires.
Un gourou inspiré d'Osho
Jelle B., le septuagénaire, prônait un mélange de méditation dynamique et de liberté sexuelle, s'inspirant du gourou indien Osho, également connu sous le nom de Bhagwan Rajneesh. Après avoir fondé une première communauté en Normandie en 2012, il s'est installé en Roussillon, suivi par des disciples néerlandais séduits par son discours.
Des méthodes d'emprise psychologique
Selon un proche du dossier, le gourou utilisait des techniques de séduction pour recruter : « La personne sous emprise tombe amoureuse de son maître, qui l'invite à déballer toute sa vie. Ces informations sont ensuite utilisées contre elle. » Les membres se voyaient interdire les sorties, le contact avec l'extérieur, et même la communication entre familles. Les enfants étaient éduqués par d'autres membres, et les parents finissaient par croire que c'était mieux ainsi.
Conditions de vie et travail dissimulé
Les membres travaillaient sans déclaration pour le gîte d'hôte, très bien noté sur les sites de location, avec un terrain de 66 hectares, piscine et vue sur les Pyrénées. Certains étaient rationnés en nourriture et amaigris. Le groupe gérait également un garage de réparation automobile, sans déclaration non plus. Un projet d'achat d'un hôtel désaffecté pour en faire un salon de thé a avorté.
Un volet sexuel en cours d'instruction
Des massages à connotation sexuelle étaient pratiqués pour « libérer l'esprit et les interdits de la société », selon un expert. Ce volet est encore en cours d'instruction pour déterminer d'éventuels crimes et délits. Me Petra Cramer, avocate des parties civiles, déclare : « Les victimes, au-delà de le considérer comme un prédateur sexuel, souffrent surtout des effets de longue durée de l'emprise. »
Des plaintes venues des Pays-Bas
L'enquête a débuté en 2022 après des plaintes de parents néerlandais, relayées par l'ambassade et la Miviludes. Jelle B. a été mis en examen pour « abus frauduleux de l'ignorance ou de la faiblesse d'une personne par dirigeant d'un groupe » et travail dissimulé. Il a été placé sous contrôle judiciaire, malgré les réquisitions du parquet de Perpignan demandant son incarcération. Une partie des fidèles l'aurait suivi en Andalousie.
La défense conteste l'aspect sectaire, évoquant « du fantasme des parents ». L'instruction se poursuit sous l'autorité d'un juge d'instruction de Perpignan.



