Un gendarme porte plainte pour six ans de racisme au sein de la Garde républicaine
Gendarme dénonce racisme à la Garde républicaine

Un gendarme dénonce six années de racisme à la Garde républicaine

Une enquête a été ouverte à Paris après qu'un gendarme de la Garde républicaine a porté plainte pour dénoncer ce qu'il qualifie de six années de harcèlement raciste au sein de l'institution. Le militaire, âgé de 29 ans et prénommé Ryan (nom modifié), a déposé sa plainte le 17 décembre 2025 et a été entendu par les gendarmes le 21 janvier 2026, selon une source proche du dossier.

Des propos stigmatisants et une lettre anonyme

Ryan raconte que son calvaire a commencé dès son premier rendez-vous avec son commandant, qui lui aurait lancé : "J'ai pas envie de te voir en djellaba dans la caserne" et "Tu me tombes pas dans les bras pendant le ramadan". Le commandant aurait ajouté : "T'es de la banlieue, ici, les gens viennent de milieux ruraux. C'est des Blancs, ils n'ont pas l'habitude de voir des Arabes du 93 en jogging. En plus, t'es Algérien, ça parle fort, vous avez un ton que les gens connaissent pas trop…". Il lui aurait même donné un conseil "amical" : "Je vais te demander de te faire très petit et de t'acclimater".

Le 16 décembre 2025, Ryan a reçu une lettre anonyme dans sa boîte aux lettres, contenant l'insulte : "On est en France ici habille-toi comme tel sale bougnoule", en référence à une tenue traditionnelle algérienne qu'il avait portée pour un mariage en dehors de ses heures de service. Cette lettre l'a poussé à saisir la justice pour mettre fin à ce qu'il décrit comme une suspicion permanente.

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Une discrimination systémique et des contrôles abusifs

Ryan affirme que la discrimination s'est étendue à ses proches. "Mes visiteurs étaient contrôlés comme des délinquants", dit-il. Il rapporte également qu'un gradé a tenté d'entrer dans son logement en son absence et que sa femme aurait été convoquée pour savoir s'il la violentait, avec le commentaire : "Chez les rebeus, il y a des violences, c'est normal chez vous".

Lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de 2024, où les musiciens de la Garde républicaine ont joué aux côtés de la chanteuse franco-malienne Aya Nakamura, Ryan a ri jaune. "Je ne connais pas ces musiciens, mais à la caserne, les anciens étaient dégoûtés", confie-t-il. Il s'interroge : "Pourquoi on nous traite ainsi ? Je ne suis pas le seul à subir ça. Je suis binational, j'aurais pu retourner en Algérie et y apporter toutes mes compétences, mais j'ai choisi de le faire ici, j'y ai mis toute ma vie".

La réponse de la gendarmerie et les mesures de tolérance zéro

Contactée par l'AFP, la gendarmerie nationale a confirmé qu'une enquête est en cours. Elle a rappelé avoir mis en place un plan d'action tolérance zéro contre les comportements discriminatoires, avec un réseau de prévention et d'accompagnement, des référents égalité-diversité, et des plateformes de signalement. Un Observatoire de la gendarmerie pour l'égalité et contre les discriminations (OGED) a également été créé pour couvrir l'égalité professionnelle, la diversité, et la lutte contre les harcèlements et violences.

L'avocat de Ryan, Seydi Ba, s'indigne : "Servir la France pendant toutes ces années n'a pas protégé mon client du racisme au sein-même de son institution. Si le racisme frappe jusque là, il frappe partout". La gendarmerie affirme que les signalements sont immédiatement traités, mais cette affaire soulève des questions sur l'efficacité des mesures internes face à des allégations aussi graves.

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