Un constat alarmant sur l'efficacité des forces de sécurité
Le rapport annuel de la Cour des comptes publié ce mercredi 25 mars dresse un bilan préoccupant de la politique de sécurité intérieure en France. Les chiffres révèlent une contradiction frappante : alors que les moyens financiers alloués ont considérablement augmenté depuis 2016, avec une hausse de 33% pour l'État et de 41% pour les collectivités territoriales, les crimes et délits enregistrés ont progressé de 6,5% sur la même période.
Des dépenses en forte augmentation sans résultats probants
Les dépenses de l'État en matière de sécurité atteignent désormais 24,4 milliards d'euros en 2024, tandis que celles des collectivités s'élèvent à 2,3 milliards. Cette augmentation substantielle des budgets n'a pourtant pas permis d'enrayer la progression de la délinquance, qui s'est même accélérée depuis la fin de la pandémie de Covid-19.
La Cour des comptes identifie plusieurs domaines particulièrement préoccupants : les atteintes aux personnes, notamment les violences intrafamiliales et sexuelles, ainsi que le narcotrafic connaissent une croissance soutenue qui inquiète les autorités judiciaires et les forces de l'ordre.
Une répartition des effectifs inadaptée aux besoins territoriaux
L'institution critique sévèrement la politique de répartition des 252 300 membres des forces de sécurité intérieure, comprenant policiers et gendarmes. « Des incohérences dans la répartition des zones de compétence entre police et gendarmerie demeurent et doivent être corrigées », alerte le rapport.
La Cour recommande au ministère de l'Intérieur d'engager dès 2026 une révision complète de cette répartition, une demande qu'elle avait déjà formulée en 2025 sans obtenir de résultats concrets. Elle appelle également à rééquilibrer d'ici 2030 les effectifs entre départements en fonction des besoins réels, soulignant que certaines zones connaissant une forte croissance démographique souffrent d'un déficit criant en personnel.
Plus de 10 000 recrutements qui ne compensent pas les besoins
Depuis 2016, les fonds supplémentaires ont permis le recrutement de plus de 10 000 policiers et gendarmes. Cependant, la Cour des comptes nuance cet apparent effort : « Cette hausse doit toutefois être nuancée : elle vient en effet compenser les importantes réductions de postes constatées sur la période précédente (2005-2015) et est décorrélée de l'évolution démographique ».
Les Sages de la rue Cambon mettent ainsi en perspective ce recrutement, soulignant qu'il ne répond pas aux besoins territoriaux spécifiques et que l'adaptation de l'offre sécuritaire reste imparfaite, soumise à des contraintes administratives et politiques plutôt qu'aux réalités du terrain.
L'essor des polices municipales, une « troisième force » à renforcer
Le rapport constate parallèlement la croissance significative des polices municipales, devenues « quasiment systématiques » dans les communes de plus de 3 500 habitants, où elles sont présentes dans 80% des cas. La France compte désormais 28 000 policiers municipaux en 2023, contre environ 21 000 en 2016, soit une augmentation de 33% sur dix ans.
Si ces effectifs ne peuvent pallier les difficultés des forces intérieures, la Cour des comptes estime que leur efficacité pourrait être notablement améliorée. L'institution se montre favorable à leur octroyer des moyens juridiques supplémentaires, comme les amendes forfaitaires délictuelles, et techniques, notamment l'accès à certains fichiers nécessaires à l'accomplissement de leurs missions.
« La Cour appelle à des évolutions structurelles dans l'affectation des effectifs », conclut le rapport, insistant sur la nécessité d'une réforme profonde du dispositif de sécurité intérieure pour répondre aux défis contemporains de la délinquance.



