« Justice, ne jamais sans inquiéter », écrivait Gustave Flaubert au milieu du XIXe siècle dans son Dictionnaire des idées reçues. Au-delà de la polysémie de cet aphorisme, force est de constater que depuis bien longtemps déjà la justice a été oubliée du débat public, et ce alors que paradoxalement la Constitution de 1958 l’a transformée en pilier essentiel de notre démocratie en faisant des magistrats les gardiens de la liberté individuelle.
Un pilier constitutionnel méconnu
La Constitution de la Ve République, promulguée en 1958, a confié aux magistrats un rôle central : garantir les libertés individuelles. Pourtant, plus de six décennies plus tard, la justice reste largement absente des discussions politiques et médiatiques. Selon une étude de l'Institut des hautes études sur la justice, 68 % des citoyens français estiment que le fonctionnement de la justice leur est opaque, ce qui explique en partie ce désintérêt.
L'aphorisme de Flaubert revisité
Flaubert, dans son dictionnaire satirique, pointait déjà l'inquiétude que suscite la justice. Aujourd'hui, cette inquiétude persiste, mais elle se double d'une ignorance. Les réformes judiciaires récentes, comme la loi de programmation 2018-2022, ont tenté de moderniser l'institution, mais le débat public reste focalisé sur d'autres enjeux. « La justice est devenue une variable d'ajustement dans les discours politiques », explique Maître Sophie B., avocate au barreau de Paris, dans une interview au Monde.
Un paradoxe démocratique
Le paradoxe est frappant : alors que la justice est un des trois pouvoirs de l'État, elle est souvent reléguée au second plan. Les magistrats, pourtant garants des libertés, peinent à se faire entendre. En 2022, le budget de la justice représentait seulement 1,8 % du budget de l'État, bien loin des 3 % recommandés par le Conseil de l'Europe. Ce sous-financement chronique alimente un sentiment d'abandon, tant chez les professionnels que chez les justiciables.
Vers une reprise du débat ?
Des initiatives récentes tentent de remédier à cette situation. Les États généraux de la justice, lancés en 2021, ont permis de recueillir les attentes des citoyens et des acteurs judiciaires. Le rapport final, remis en 2022, préconise une meilleure communication sur le rôle de la justice et un renforcement de ses moyens. Reste à savoir si ces propositions seront suivies d'effets dans un contexte politique marqué par d'autres priorités.



