L'ancien dirigeant séparatiste basque face à la justice française
Réclamé par les autorités judiciaires espagnoles, l'ancien chef historique de l'organisation séparatiste basque ETA, Josu Urrutikoetxea Bengoetxea, surnommé « Ternera », comparaît jeudi et vendredi devant la cour d'appel de Paris. Cet homme de 75 ans, sous contrôle judiciaire en France, est poursuivi pour association de malfaiteurs terroriste pour des faits remontant à plus de vingt ans.
Des preuves matérielles accablantes
Les charges retenues contre lui reposent sur des empreintes digitales et génétiques découvertes en 2002 et 2005 dans un véhicule et des caches de l'ETA situées à Lourdes, dans les Hautes-Pyrénées, ainsi qu'à Villeneuve-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne. Ces éléments matériels constituent le cœur de l'accusation dans cette affaire judiciaire complexe.
Un parcours marqué par la lutte armée et la dissolution
Le 3 mai 2018, sept années après l'abandon définitif de la lutte armée par l'organisation, Josu Urrutikoetxea Bengoetxea avait officiellement annoncé la dissolution de l'ETA dans une « déclaration finale » lue conjointement avec Maria Soledad Iparraguire, surnommée « Anboto », autre figure historique du mouvement séparatiste. Il avait été arrêté l'année suivante dans les Alpes françaises, mettant ainsi fin à seize longues années de cavale.
Dès 1999, il avait été désigné comme l'un des trois principaux négociateurs dans le processus de paix qui finalement n'aboutira pas. L'intéressé affirme avoir coupé tout lien avec l'ETA dès l'année 2006, se présentant depuis comme un acteur de la paix.
Un procès aux multiples reports
Dans le dossier qui le conduit aujourd'hui devant la cour d'appel de Paris, Josu Urrutikoetxea Bengoetxea avait initialement été condamné en 2010 à cinq années d'emprisonnement en première instance, peine portée à sept ans en appel. Cependant, ces sentences ayant été prononcées en son absence, il a exercé son droit de demander un nouveau jugement.
Le procès, reporté en 2021 en raison d'irrégularités procédurales, avait une nouvelle fois été repoussé à l'automne pour des motifs de santé, mais également parce que la défense exige que le parquet général cite comme témoins deux médiateurs internationaux cruciaux : l'avocat sud-africain Brian Currin et un ancien haut responsable de l'Armée républicaine irlandaise, Gerry Kelly.
La défense met en avant son rôle de pacificateur
Son avocat, Laurent Pasquet-Marinacce, plaide avec force que ces deux personnalités ont été des médiateurs internationaux essentiels dans les pourparlers qui ont conduit à l'autodissolution de l'ETA, pourparlers dans lesquels Josu Urrutikoetxea Bengoetxea « a tenu une place active et centrale ». En omettant « à son obligation de citer » ces « observateurs de premier plan des discussions de paix », le parquet général occulterait, selon la défense, son « rôle de faiseur de paix dans les très nombreuses années de discussions qui ont permis de mettre fin au plus long conflit civil armé qu'ait connu l'Europe contemporaine ».
L'épée de Damoclès de l'extradition vers l'Espagne
L'enjeu de ce procès est considérable pour Josu Urrutikoetxea Bengoetxea. En 2020, la Cour de cassation française avait accepté le principe de sa remise aux autorités espagnoles, une fois les procédures judiciaires françaises définitivement closes. La justice espagnole le réclame notamment dans le cadre de l'enquête sur l'attentat à la voiture piégée perpétré contre une caserne de la Garde civile à Saragosse en 1987, attentat qui avait coûté la vie à onze personnes. L'intéressé nie fermement toute participation à cet acte.
Créée en 1959 sous la dictature espagnole de Franco, l'ETA est tenue pour responsable de la mort de plus de 850 personnes au cours de plus de quarante années de lutte armée pour l'indépendance du Pays basque. Ce procès parisien représente ainsi un chapitre judiciaire tardif mais significatif de l'histoire de cette organisation.



