Luc L., qui a dirigé la cuisine centrale et la politique alimentaire de Montpellier et de la Métropole de 2016 à 2024, était renvoyé devant le tribunal correctionnel le mercredi 6 mai pour "harcèlement sexuel par une personne ayant autorité sur la victime". Trois salariées, alors placées sous son autorité, ont porté plainte.
Des accusations graves
La seule plaignante présente au tribunal avait déposé plainte en 2023. Elle dénonçait "une main aux fesses lors d'un déplacement professionnel en 2021", "une caresse sur la joue en la croisant dans l'escalier en 2023", ainsi que des remarques graveleuses telles que "Vous criez bien, vous devez être bonne au lit". Ces faits étaient d'autant plus mal vécus qu'elle était seule à son poste et que sa charge de travail augmentait constamment.
Une deuxième plaignante, une jeune femme, affirme s'être entendu dire dès son premier jour de stage : "Tu vas avoir deux amants, ton copain et moi". Elle a également subi "sa tête posée sur mon épaule", "un bisou sur le front" et "une main sur la cuisse". Traumatisée, elle a arrêté ses études de droit après ce stage.
Une troisième femme a dénoncé des remarques formulées lors d'un week-end en 2018 : "Je te découvre, tu as vraiment un beau cul".
La défense de Luc L.
Luc L. a nié en bloc les accusations, s'abritant derrière l'absence de témoins directs. Il a expliqué que les plaignantes auraient une "haine" contre lui car il n'avait pas tenté de les conserver à la cuisine centrale où elles avaient "beaucoup d'avantages". Il a également évoqué leur proximité avec l'ancien directeur. Licencié sans préavis ni indemnité en février 2024, il a affirmé : "Elles ont une haine contre moi."
Cependant, plusieurs collègues des plaignantes ont témoigné les avoir réconfortées alors qu'elles étaient en pleurs. La procureure Honorine Pourcelot a rappelé que "trois autres personnes, dont deux collaboratrices, ont témoigné de propos sexistes". L'une d'elles a rapporté : "Il m'a demandé combien de rapports sexuels j'avais." Une autre a déploré : "Il a fait une allusion à un préservatif quand je déballais une nappe pour le goûter des enfants."
Un management problématique
Au-delà des faits à caractère sexuel, c'est son management qui semblait problématique. Un témoin évoque son "côté pervers, malsain, méchant". Plusieurs autres mentionnent "un ego surdimensionné". La présidente Ilana Lachkar a cité de nombreuses déclarations : "il exerçait une pression permanente", "il fallait répondre à ses mails dans la minute", "il m'a humiliée dans une réunion, je suis partie et je ne suis jamais revenue".
Les réquisitions et la défense
Me Maïlis Andrieu, avocate de la partie civile, a plaidé : "Avec lui, ce n'est jamais un jeu de séduction, les faits se produisent par surprise ou quand la personne est à bout. Quand il a déclaré à ma cliente que 'pour la promotion il faudra coucher', elle a été détruite." Elle a demandé 7 000 euros pour chacun des faits reprochés.
De son côté, Me Mikaël d'Alimonte, avocat de la défense, a estimé que "seules trois personnes décrivent des comportements problématiques" et que "le dossier est fragile". Il a plaidé la relaxe, arguant que la procédure avait été bâclée et qu'une des expertises psychologiques manquait d'objectivité.
La procureure a requis six mois de prison avec sursis, rappelant que "trois femmes sur quatre sont confrontées à des blagues sexistes" et soulignant le lien de subordination entre le prévenu et les plaignantes. Le jugement a été mis en délibéré.



