Une Malienne sans-papiers victime d'esclavage moderne chez un nonagénaire à Biarritz
Esclavage moderne d'une Malienne sans-papiers à Biarritz

Une affaire sordide d'exploitation à Biarritz

Le tribunal judiciaire de Bayonne a examiné ce jeudi 16 avril un dossier particulièrement troublant mettant en lumière ce que les avocats qualifient sans détour d'esclavage moderne. Au cœur de cette affaire : Alice, une Malienne de 38 ans sans papiers, qui a consacré trois années de sa vie à s'occuper d'un vieil homme de 90 ans dans son appartement biarrot, dans des conditions de vie et de travail qualifiées de pénibles et éprouvantes par les enquêteurs.

Une employée à disposition permanente

Recrutée par la fille du nonagénaire, cadre supérieure responsable de la RSE dans un grand groupe de télécommunications, Alice s'est retrouvée à disposition constante et permanente de la famille. Installée dans un deux-pièces exigu, elle partageait l'espace avec le vieil homme et sa compagne, séparée seulement par un drap tendu dans une chambre de 5,8 mètres carrés. Elle devait être disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, a souligné la présidente du tribunal, Mélanie Mistral, précisant qu'Alice n'avait aucun horaire de travail défini.

Initialement engagée pour des tâches ménagères basiques, la jeune femme a rapidement été contrainte d'assurer les soins intimes du vieillard dépendant, ainsi que ceux de sa compagne. Les rares périodes de repos d'Alice ont révélé l'ampleur de la négligence : une infirmière a décrit un appartement empestant l'urine, avec des couches souillées traînant au sol et un couple grabataire livré à lui-même.

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Une rémunération dérisoire pour un travail épuisant

L'inspectrice du travail, Céline Burret, a établi qu'Alice effectuait en réalité 70 heures de travail hebdomadaires, bien loin des 5h40 quotidiennes théoriquement déclarées. Pour ce labeur éreintant, elle ne percevait que 1 200 euros mensuels, soit environ 40 000 euros sur trois ans au lieu des 130 000 euros auxquels elle aurait dû prétendre. La salariée a subi une fatigue physique et psychique considérable, a témoigné l'inspectrice.

La vulnérabilité administrative d'Alice, déboutée du droit d'asile et en attente de régularisation, a été instrumentalisée selon l'accusation. Elle avait besoin de produire des bulletins de salaire pour obtenir ses papiers, c'est le moyen utilisé pour la maintenir en servage, a dénoncé le procureur Jean-Claude Belot.

La défense plaide l'ignorance

Face à ces accusations graves, la fille du vieillard, âgée de 61 ans, a maintenu sa ligne de défense : l'ignorance. Elle affirme n'avoir pas mesuré l'état de dépendance avancé de son père, qu'elle visitait rarement, et nie avoir exigé qu'Alice s'occupe de sa compagne. Je savais qu'elle n'avait pas de papiers mais pas qu'elle ne pouvait pas travailler, a-t-elle juré devant le tribunal.

Son avocat, Me Philippe Saladin, a pointé les fragilités de la procédure, contestant la preuve de l'impotence du père et soulignant des contradictions dans les témoignages. Pour caractériser la traite, encore aurait-il fallu que ma cliente sache comment ça allait se passer, a-t-il plaidé, demandant la relaxe.

Un réquisitoire sévère et un délibéré attendu

Le procureur Jean-Claude Belot n'a pas mâché ses mots : J'ai rarement vu une procédure où autant d'éléments viennent caractériser la traite d'être humain. Le ministère public a requis deux ans de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende contre l'accusée. Me François Brunel, avocat de la plaignante, a résumé l'affaire en des termes sans appel : Ma cliente était la chose de cette famille. On fouille ses affaires, on ouvre son courrier, on la paye quand on veut....

Le tribunal a mis l'affaire en délibéré jusqu'au 18 juin, laissant planer le suspense sur l'issue de ce procès qui interroge profondément sur les mécanismes d'exploitation des personnes vulnérables en France. Les syndicats LAB, CGT, Solidaires et CFDT, parties civiles, suivent le dossier avec une attention particulière, dénonçant un système qui permet de telles dérives.

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