Deux infirmières jugées après le décès d'une octogénaire dans un Ehpad de Lodève
Ehpad de Lodève : deux infirmières jugées après un décès

Une tragédie dans un Ehpad de Lodève

En février 2020, une résidente âgée de 88 ans d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) à Lodève a été retrouvée au sol, près de son fauteuil. Bien qu'aucune blessure grave n'ait été immédiatement constatée, son état de santé s'est rapidement détérioré, conduisant à son décès deux jours plus tard. Sa fille s'est constituée partie civile, cherchant des réponses sur les circonstances de cette mort.

Un procès pour homicide involontaire

Mardi 10 mars, deux infirmières de l'Ehpad ont comparu devant le tribunal correctionnel de Montpellier, accusées d'homicide involontaire. La fille de la victime, Josette, était présente, exprimant sa douleur et son incompréhension face à la perte de sa mère. Elle a souligné que sa mère, sous traitement anticoagulant et de santé fragile, était déjà tombée six fois depuis son arrivée dans l'établissement trois mois auparavant.

Les deux infirmières, expérimentées, ont affirmé avoir suivi les protocoles habituels et nié toute faute professionnelle. Elles ont décrit être profondément affectées par cette procédure judiciaire qui les poursuit depuis plusieurs années. L'une d'elles a même pris sa retraite plus tôt que prévu, tandis que l'autre a exprimé son dégoût pour la profession.

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Les faits et les interrogations

Le 1er février 2020, Josette a été découverte gisant près de son fauteuil. L'infirmière de garde a noté une petite rougeur derrière sa tête et a appliqué une crème pour les hématomes. Elle a informé la fille de la résidente par téléphone. Le lendemain, une collègue a observé une légère fièvre et de la fatigue, mais rien d'alarmant. C'est le surlendemain que l'état de Josette s'est aggravé, nécessitant un transfert au CHU de Montpellier où elle est décédée rapidement.

L'autopsie a révélé un hématome sous-dural et un saignement au niveau du tronc cérébral. Un expert a lié le décès à cet hématome, mais dans un contexte de santé générale précaire. Pendant le procès, la présidente du tribunal a interrogé les infirmières sur leur réaction à la chute et à la rougeur, surtout compte tenu du traitement anticoagulant. L'une a insisté sur une surveillance accrue, estimant que la résidente avait "glissé" plutôt que chuté.

Des conditions de travail sous le feu des critiques

Le tribunal s'est également penché sur les conditions de travail dans l'Ehpad, où un soignant était responsable de 57 résidents. Les infirmières ont reconnu des contraintes de temps, mais ont affirmé s'organiser malgré tout. L'avocat de la partie civile a dénoncé un établissement qui perçoit des frais élevés mais fournit peu d'informations aux familles, soulignant que les protocoles recommandent d'appeler le Samu en cas de chute.

L'avocate d'une des infirmières a critiqué l'absence de l'Ehpad sur le banc des prévenus, qualifiant cela d'aberration. Elle a plaidé la relaxe, arguant que ses clientes avaient consacré 40 ans de leur vie aux soins. Le procureur a reconnu une erreur mais a écarté une responsabilité exclusive, requérant une peine symbolique de deux mois de prison avec sursis.

Une décision attendue

Le tribunal rendra son verdict le 2 avril prochain. Cette affaire met en lumière les défis des soins en Ehpad, où la pression sur le personnel peut conduire à des tragédies. La fille de Josette a exprimé sa tristesse de ne pas avoir pu accompagner sa mère jusqu'au bout, soulignant un manque d'humanité dans l'établissement.

Ce procès soulève des questions cruciales sur la responsabilité individuelle des soignants face à des conditions systémiques difficiles, dans un secteur souvent critiqué pour ses insuffisances.

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