Le 13 novembre 2015, la France s'est figée. Dans les rues de Paris, devant les terrasses éventrées, au pied du Stade de France, dans l'enceinte du Bataclan, le pays découvrait l'horreur en temps réel. De ce soir-là, chacun garde en mémoire un instant précis : un téléphone qui vibre, une télévision allumée en urgence, une voix tremblante annonçant des fusillades dans la capitale. Pendant des heures, des millions de Français sont restés suspendus aux chaînes d'information, tandis que les forces de l'ordre entraient dans la salle de spectacle afin de stopper les tireurs, qui prenaient en otage plusieurs personnes.
Une cérémonie à l'Élysée
Le mois dernier, à l'Élysée, le président de la République, Emmanuel Macron, a remis les insignes de la Légion d'honneur à 59 membres des forces de l'ordre intervenus au Bataclan lors des attentats du 13 novembre 2015. Parmi eux : Philippe Deparis, ancien de la BRI (Brigade de recherche et d'intervention), unité d'élite au sein de laquelle il a passé sept ans, avant de rejoindre le Sud et d'intégrer le commissariat de Toulon, d'abord comme formateur, puis en tant que membre de la Compagnie d'intervention.
Le souvenir du 13 novembre
« Le soir du 13 novembre, j'étais en train d'aller au restaurant. J'ai été prévenu de ce qu'il se passait au Stade de France. J'ai immédiatement repris du service, on avait l'expérience de l'Hyper Cacher, avec l'assaut que nous avions mené quelques mois avant avec la BRI contre le terroriste Amedy Coulibaly. Alors, on savait qu'il valait mieux anticiper, même si à ce moment-là, on ne se doutait pas de ce que l'on sait aujourd'hui. »
Philippe Deparis se souvient de son arrivée au Bataclan, « d'une mise en place rapide », et du chaos ambiant. « Il y avait des morts sur le parvis, la salle de spectacle était recouverte de corps. Ce ne sont évidemment pas des choses faciles à voir. » Pour faire face tout en gardant la tête froide, l'opérateur de la BRI passe en mode machine, animé par l'urgence. « Je me souviens m'être dit : "N'y pense pas". On ne savait pas ce qui allait se passer, ni où les terroristes étaient exactement. » L'assaut est lancé, permettant de sauver onze otages. « Ça a été très rapide. »
Mentalement, Philippe Deparis est « rodé ». S'il a accepté le suivi psychologique proposé après l'attentat, c'est pour ses enfants. « Ils étaient petits à l'époque. Je ne savais pas comment leur expliquer les choses, il fallait qu'on m'aide à trouver les bons mots. » Au-delà de cette reconnaissance officielle de la part de l'État lors d'une « magnifique et impressionnante cérémonie », c'est le fait d'être en vie qui prime pour celui qui, depuis son plus jeune âge, « veut courir derrière les méchants ». « La même année, il y a eu le Bataclan et l'Hyper Cacher. La plus grande satisfaction, c'est que nous nous en sommes tous sortis. »
De la BRI aux romans noirs
Dans la police depuis l'âge de 24 ans, Philippe Deparis a, depuis quelques années, une autre passion que celle de faire régner l'ordre et sauver des vies. Après les assauts et les années d'élite, le policier écrit désormais l'obscurité qu'il a côtoyée. D'abord avec la trilogie BRI dont le premier opus sort en 2021, puis avec Styx, publié en 2024. Un thriller qui plonge le lecteur dans les aventures et la déchéance d'Éric, jeune policier dans une brigade parisienne. « Un roman noir, sombre, dur comme l'est le métier de policier. »
Le roman est d'ailleurs en cours de scénarisation. « Nous sommes sur ce projet avec le réalisateur et producteur Pascal Sid », annonce Philippe Deparis, dont le nouveau roman, Les Limbes, sort en librairie à la fin du mois. « C'est la suite de Styx. On retrouve les mêmes protagonistes, avec de nouvelles péripéties. » On suit donc toujours les aventures d'Éric, incarcéré depuis trois ans, qui tente de se reconstruire avec l'aide de Vanessa, la psychologue qui suit son dossier et rédige une thèse sur lui. Nous n'en dirons pas plus pour ne pas gâcher l'effet de surprise.
Si le plaisir d'écrire s'est révélé ces dernières années, celui de la lecture, lui, ne date pas d'hier. « Lorsque j'ai réussi le concours de police il y a une trentaine d'années, mon père m'a offert Les mémoires du commissaire Broussard. La première idée que je me suis faite de la BRI, c'est à travers ce livre. »
L'écriture comme liberté
« Écrire n'est pas un exutoire », assure Philippe Deparis. Plutôt une manière d'être, cette fois, le maître du scénario, celui qui décide de l'issue. « J'ai découvert que l'écriture amenait à beaucoup de liberté, on peut faire passer énormément de choses : des anecdotes, des ressentis… Quelque part, raconter des histoires me correspond : quand j'étais enfant, à l'école, j'ai toujours été la tête en l'air, celui qui aime bavarder. » Sa passion pour l'écriture a d'ailleurs « fait marrer » ses parents : « Ils me disent que c'est une belle revanche sur ma scolarité ! »
Comme pour se reconnecter à l'essentiel, faire des pauses dans un quotidien effréné, l'ancien opérateur de la BRI s'est aussi tourné vers le théâtre. « Je m'arrange pour trouver le temps d'en faire. Je trouve qu'il y a beaucoup de ressemblances avec l'intervention policière : tu répètes la scène, jusqu'au jour de la représentation. Et le jour J, il faut assurer, pour soi-même, mais aussi pour les autres. » Une philosophie de vie qui ne laisse pas de doutes : on peut avoir plusieurs parcours dans une même existence, encore faut-il s'en donner les moyens.
Philippe Deparis sera présent les 30 et 31 mai, à la 12e édition de la fête du livre d'Hyères, et à celle d'Ollioules le 13 juin.



