« Je vais te tuer » : un documentaire saisissant sur l'engrenage de l'emprise conjugale
Le documentaire « Je vais te tuer », réalisé par Karine Dusfour et diffusé ce soir sur Arte, offre un accès inédit aux premières audiences françaises où le contrôle coercitif émerge comme outil d'analyse et chef d'accusation. Ce film puissant explore les mécanismes insidieux de l'emprise dans les relations conjugales, mettant en lumière une réalité souvent méconnue.
Un changement de perspective crucial
Comme le souligne Gwenola Joly-Coz, première présidente de la cour d'appel de Poitiers jusqu'en 2024, « La question ne doit plus être “Pourquoi n'est-elle pas partie ?” mais “Qu'a-t-il mis en place pour qu'elle ne parte pas ?” ». Cette formule sert de fil rouge au documentaire, qui déplace le regard de la responsabilité de la victime vers les stratégies de l'agresseur.
Grâce à un accès exceptionnel aux pôles spécialisés de Colmar, Poitiers et Paris, Karine Dusfour capture des audiences où magistrates et prévenus se confrontent sur cette notion de contrôle coercitif. Le film montre comment une relation bascule progressivement vers l'emprise : un contrôle relationnel initial évolue en un ensemble de micro-règles, vérifications et interdits qui isolent la victime.
Les mécanismes de l'emprise dévoilés
Le documentaire détaille les méthodes employées par les agresseurs :
- Filtrage des appels et surveillance numérique constante
- Injonctions quotidiennes et restrictions de liberté
- Un dispositif méthodique visant à user et dévaloriser la victime
Ces pratiques colonisent tous les espaces de vie, créant un environnement de terreur et de soumission. Les magistrates présentes à l'image, dont Ombeline Mahuzier et Hélène Franco, replacent ces comportements dans une histoire longue où la loi, longtemps écrite par des hommes, imposait l'obéissance de l'épouse.
La réalité brutale face aux minimisations
Face aux accusations, les prévenus tentent souvent de minimiser leurs actes. L'un d'eux avance : « Je la sors peut-être pas assez », provoquant la réplique cinglante d'Ombeline Mahuzier : « Parce que c'est vous qui la sortez ? Comme un chien ? ». D'autres se réfugient derrière de prétendues maladresses ou des gestes anodins.
Mais les enregistrements diffusés à la barre ramènent la réalité à sa brutalité première, avec des phrases comme « Je te cognerai jusqu'à ta putain de mort ». Le film évoque également des dispositifs de surveillance sophistiqués, comme ceux d'un gendarme utilisant ses outils professionnels pour mettre sa femme sur écoute.
Un moment critique : la séparation
Le documentaire rappelle un point essentiel souvent ignoré : le moment de la séparation, souvent perçu comme une libération, est en réalité l'un des plus dangereux pour les victimes de violence conjugale. Cette période peut exacerber les comportements violents et nécessite une protection accrue.
En relatant ces paroles et situations, Karine Dusfour construit une lecture à la fois clinique et politique de la violence conjugale. Elle démontre qu'il ne s'agit pas de crises isolées, mais de stratégies structurées qu'il faut savoir nommer et comprendre pour pouvoir les juger efficacement.
Ce documentaire de 52 minutes, disponible en replay jusqu'au 21 juin 2026 sur Arte.tv, représente une contribution importante à la compréhension et à la lutte contre les violences conjugales en France.



