Procès à Dijon : une mère et sa fille jugées pour l'abandon mortel de jumelles prématurées
Dijon : procès pour abandon mortel de jumelles prématurées

Un procès poignant s'ouvre à Dijon pour l'abandon mortel de jumelles

Une jeune femme et sa mère comparaissent depuis lundi devant la cour d'assises de la Côte-d'Or à Dijon, accusées d'avoir dissimulé dans un sac de courses, immédiatement après l'accouchement, des jumelles nées grandement prématurées. Cette affaire tragique a conduit au décès de l'un des nourrissons, tandis que l'autre a survécu miraculeusement.

Des réquisitions sévères pour meurtre et tentative de meurtre

Vendredi, l'avocat général David Dufour a requis des peines lourdes à l'encontre des deux accusées. Quinze ans de réclusion criminelle ont été demandés pour la grand-mère, Zara Nacir, âgée de 44 ans, et six ans de prison pour sa fille, Sabrina Boulsas, maintenant âgée de 26 ans mais qui n'avait que 20 ans au moment des faits.

Le magistrat a soutenu devant la cour que "elles avaient l'intention de donner la mort", qualifiant les actes de meurtre et de tentative de meurtre. Il a particulièrement insisté sur le rôle de Zara Nacir, qui aurait, selon ses déclarations, poussé sa fille à "se débarrasser des enfants" par honte et par crainte de perdre son conjoint, décrit comme un homme strict et violent.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un accouchement clandestin suivi d'actes délibérés

Les événements se sont déroulés dans la nuit du 23 au 24 mai 2020, lorsque Sabrina Boulsas a accouché prématurément et en secret à son domicile, à l'insu de son père adoptif. Bien qu'elle ait initialement enveloppé les bébés dans des vêtements pour les protéger du froid – gestes qualifiés de "maternels" par l'accusation – la situation a basculé sous l'influence de sa mère.

L'avocat général a souligné que Sabrina Boulsas était "dans l'emprise de sa mère", questionnant sa capacité à résister. Zara Nacir aurait ensuite "emmailloté totalement" les nourrissons "pour ne pas qu'ils respirent", selon les termes du réquisitoire. Une sage-femme a témoigné avoir éprouvé des difficultés à les dégager.

Une dissimulation prolongée malgré l'urgence médicale

Les deux prématurées, pesant chacune moins de 800 grammes, ont été placées dans un tote-bag, lui-même inséré dans un sac plastique. Malgré l'extrême urgence de leur état, Zara Nacir n'a alerté les pompiers que plus d'une heure après l'accouchement, évoquant seulement une "fausse couche" sans mentionner la présence des bébés, qu'elle savait pourtant en vie à la naissance.

Seule l'une des jumelles a survécu, un fait qualifié de miracle par les observateurs du procès. "Il y avait une intention de ne laisser aucune chance de survie", a affirmé Élise Rolet, avocate de l'aide sociale à l'enfance, partie civile dans cette affaire.

Des accusations fortes et une défense basée sur la détresse

Les avocats des parties civiles ont employé des termes très durs lors de leurs plaidoiries. Didier Pascaud, représentant le département de la Côte-d'Or, a déclaré que les enfants "ont été traités comme des déchets", ajoutant que "n'importe qui de moralement responsable aurait pris soin d'eux".

En revanche, les avocats de la défense, qui doivent présenter leurs arguments vendredi après les réquisitions, plaideront pour l'acquittement. Ils soutiendront que les deux femmes se trouvaient dans une "situation de détresse absolue" et de "d'affolement" au moment des faits, ce qui aurait altéré leur jugement et leur responsabilité.

Le verdict de ce procès particulièrement émouvant est attendu dans la soirée de vendredi, mettant un terme à plusieurs jours d'audiences chargées d'émotion et de témoignages poignants sur cette tragédie familiale.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale