Rachida Dati, ancienne garde des Sceaux et maire LR du VIIe arrondissement de Paris, a demandé sa réintégration dans la magistrature. Selon la Chancellerie, elle sera nommée « premier substitut à l'administration centrale de la justice » après l'avis du Conseil supérieur de la magistrature (CSM). Cette décision intervient alors qu'elle doit comparaître du 16 au 28 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris pour corruption et trafic d'influence passifs. Le président du principal syndicat de magistrats, Ludovic Friat, dénonce un « message contradictoire » de l'institution judiciaire.
Une réintégration sollicitée et une nomination en attente de l'avis du CSM
Rachida Dati, âgée de 60 ans, a sollicité sa réintégration comme magistrate, comme elle en a le droit. Selon Le Nouvel Obs, elle a obtenu un poste de « premier substitut à l'administration centrale de la justice » au sein du ministère de la Justice. La Chancellerie a précisé à l'AFP que cette affectation se fera « dans le cadre de la procédure de transparence classique des magistrats », c'est-à-dire après l'avis du CSM que le garde des Sceaux suivra.
Les magistrats du parquet sont désignés par le ministre de la Justice, après avis du CSM. Selon un magistrat, cet avis devrait intervenir d'ici deux semaines à un mois, après l'examen des éventuels recours des autres candidats sur ce poste.
Un procès pour corruption passive et trafic d'influence
Rachida Dati doit comparaître du 16 au 28 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris, notamment pour corruption et trafic d'influence passifs. Il lui est reproché un pacte de corruption présumé et d'avoir fait illégalement du lobbying au Parlement européen, où elle a siégé comme élue de 2009 à 2019, pour le compte de Renault et de son patron d'alors Carlos Ghosn, aujourd'hui en fuite au Liban et lui aussi renvoyé devant le tribunal.
Entre 2009 et 2013, Rachida Dati a reçu 900 000 euros au titre d'une convention de rémunération forfaitaire d'avocats. La prévenue soutient n'avoir fait qu'un travail d'avocate tout à fait légal. Elle encourt dix ans d'emprisonnement et une inéligibilité de cinq ans.
La réaction de l'USM et d'autres dossiers judiciaires
Ludovic Friat, président de l'USM, principal syndicat de magistrats, a réagi auprès de l'AFP : « L'institution judiciaire est durement critiquée par les responsables politiques, notamment sous l'angle de la déontologie et de la responsabilité des magistrats, mais également sur la nécessité de préserver l'image de l'institution », or « ce projet de réintégration, à quelques jours d'un procès pénal médiatique concernant l'intéressée, envoie un message contradictoire ».
Le nom de Rachida Dati apparaît dans d'autres dossiers judiciaires, qui en sont à un stade procédural moins avancé. En mai, elle a été placée sous le statut de témoin assisté dans un dossier connexe à celui qui lui vaut de comparaître fin septembre, concernant une possible enquête privée visant un couple ayant porté plainte contre elle dans le dossier Renault-Carlos Ghosn. Le statut de témoin assisté est plus favorable que celui de mis en examen.
Des juges enquêtent également sur d'éventuelles relations d'intérêts avec l'Azerbaïdjan et le Qatar quand elle était eurodéputée, un dossier qui a valu à Mme Dati des perquisitions de ses domiciles et de sa mairie du VIIe arrondissement à la mi-décembre 2025. D'autre part, la brigade financière et anticorruption (BFAC) de la police judiciaire parisienne enquête sur des soupçons de non-déclaration de bijoux à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), à la suite de signalements reçus, notamment en juin 2025, par le parquet de Paris.
Un parcours politique marqué par des fonctions ministérielles
Rachida Dati est entrée en politique dans le sillage de Nicolas Sarkozy, comme conseillère justice de celui-ci au ministère de l'Intérieur en 2002. Porte-parole de sa campagne victorieuse et fidèle entre les fidèles, elle est nommée garde des Sceaux en 2007 et porte des mesures emblématiques, comme les peines-planchers ou encore la réforme de la carte judiciaire. Au grand dam d'une partie de la droite, elle revient au gouvernement sous Emmanuel Macron qui la nomme ministre de la Culture en 2024, fonction qu'elle quitte un mois avant les municipales. Elle avait brigué la mairie de Paris en mars 2026, où elle a été battue.



