La Jirs de Bordeaux ouvre ses premiers dossiers criminels impliquant des cryptomonnaies
La Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Bordeaux intervient pour la première fois dans des affaires criminelles liées aux cryptomonnaies, selon une déclaration du procureur Renaud Gaudeul. Ce magistrat a officiellement désigné « les deux premiers dossiers » traités par cette juridiction concernant « des détenteurs, vrais ou supposés, de cryptomonnaies ». Ces informations ont été rendues publiques dans un communiqué de presse daté du mercredi 15 avril, détaillant deux graves affaires de séquestration en bande organisée.
Une première affaire enracinée dans la région toulousaine
La première affaire remonte au 23 mars dans une localité voisine de Toulouse. Quatre individus se sont présentés au domicile d'une femme, l'un d'eux se faisant passer pour un livreur afin de pénétrer dans la maison avec ses complices. « Les individus, dont l'un porteur d'une arme longue, recherchent de la cryptomonnaie », précise le parquet de Bordeaux. Les agresseurs ont obtenu un virement de « cryptoactifs » et ont dérobé des bijoux avant de prendre la fuite.
La Jirs de Bordeaux a confié cette enquête à la section de recherches de la gendarmerie de Toulouse. Les investigations ont conduit à l'interpellation de deux hommes à Aubagne le 31 mars, au terme d'une filature et d'une course-poursuite mouvementée. Une information judiciaire a été ouverte le 3 avril pour les chefs principaux de séquestration et extorsion en bande organisée avec arme.
Une seconde affaire violente à Anglet sur la Côte basque
Le 10 avril vers 6 heures, cinq hommes masqués ont forcé l'entrée d'une villa à Anglet, cherchant un homme qu'ils pensaient détenteur de cryptomonnaies. Ils n'ont cependant trouvé qu'une famille de six personnes terrorisées : un couple de grands-parents, leur fils et son épouse ainsi que leurs enfants âgés de 10 et 13 ans. Tous ont été ligotés pendant que les agresseurs fouillaient le logement pendant une heure.
Les truands ont tenté d'obtenir des informations sur leur cible par des coups et menaces à l'encontre du grand-père et du père, mais ils étaient mal renseignés : l'homme qu'ils cherchaient était l'ancien propriétaire des lieux. Ils ont finalement volé des bijoux de valeur, 3 000 euros en numéraire et les téléphones mobiles de leurs victimes avant de prendre la fuite.
Des enquêtes judiciaires complexes et des arrestations spectaculaires
La Jirs a confié les investigations de l'affaire d'Anglet au service interdépartemental de police judiciaire des Pyrénées-Atlantiques. Les agents ont exploité la vidéosurveillance et les témoignages des victimes pour retracer la fuite des agresseurs vers la Gironde. À Pessac, deux d'entre eux ont incendié la voiture utilisée pour leur forfait, permettant l'interpellation de l'un d'eux après qu'un témoin a donné l'alerte, tandis que son complice parvenait à s'enfuir.
Les trois autres suspects ont rallié Paris en train, où ils ont été arrêtés sur le quai de la gare par des agents de l'Office central de lutte contre le crime organisé et de la Brigade de recherche et d'intervention (BRI). Une information judiciaire distincte a été ouverte le 14 avril concernant les faits d'Anglet pour séquestration et vol avec violence en bande organisée.
Une situation judiciaire toujours en cours
Tous les mis en cause dans ces deux affaires ont été placés en détention provisoire, mais les services d'enquête recherchent activement trois personnes toujours en fuite. Les investigations se poursuivent également pour tenter d'identifier d'éventuels commanditaires de ces attaques violentes. Ces dossiers marquent un tournant dans l'activité de la Jirs de Bordeaux, qui étend son champ d'intervention aux nouvelles formes de criminalité liées aux actifs numériques.



