Collien Fernandes brise le silence sur une décennie de violences numériques
L'actrice allemande Collien Fernandes, âgée de 44 ans, s'est confiée dans un entretien exclusif à l'AFP, publié ce lundi 13 avril 2026, détaillant les accusations graves portées contre son ex-mari, l'acteur et animateur Christian Ulmen. Elle l'accuse d'avoir diffusé de faux contenus pornographiques la mettant en scène, créant un enfer numérique qui a duré près de dix ans.
L'aveu dévastateur et la référence à l'affaire Pelicot
Selon Collien Fernandes, son mari lui a avoué fin 2024, lors d'un séjour dans un hôtel à Hambourg, qu'il se cachait derrière les vidéos porno truquées circulant en son nom sur internet. Dans un premier temps, elle a hésité à porter plainte, mais son avocate l'a convaincue en évoquant l'exemple de Gisèle Pelicot, la Française devenue symbole mondial de la lutte contre les violences sexuelles. « C'est l'affaire Pelicot du numérique », a insisté la juriste, une phrase qui a marqué l'actrice. « Cette phrase m'est vraiment restée en tête, et je me suis dit que je ne pouvais pas le laisser s'en tirer comme ça », a-t-elle déclaré.
Un système élaboré de tromperie et de manipulation
Collien Fernandes décrit un scénario complexe où Christian Ulmen aurait utilisé des technologies avancées, dont l'intelligence artificielle, pour créer des deepfakes réalistes. Il aurait notamment :
- Créé de faux profils sur les réseaux sociaux pour diffuser des images et vidéos pornographiques trafiquées.
- Envoyé des photos nues falsifiées à des contacts en son nom, en prétendant entretenir des relations secrètes avec elle.
- Manipulé sa voix pour avoir des conversations téléphoniques à caractère sexuel avec une trentaine d'hommes, certains issus de son entourage professionnel.
L'actrice a également découvert un scénario écrit par son ex-mari, décrivant un viol fictif impliquant 21 hommes, ce qui l'a profondément bouleversée. « Voir que quelqu'un qui prétend m'aimer puisse se délecter d'une histoire dans laquelle je pleure m'a anéantie », a-t-elle confié, expliquant que cela a conduit à leur divorce.
Les répercussions judiciaires et politiques
Le parquet allemand a ouvert une enquête préliminaire contre Christian Ulmen, qui conteste certaines accusations, notamment la création et la diffusion de deepfakes. L'affaire soulève également des questions juridiques, car le couple résidait en Espagne, où les lois sur les violences en ligne sont plus strictes, tandis que leur enfant est scolarisé dans ce pays. Collien Fernandes espère que le dossier sera traité en Espagne pour bénéficier d'une législation plus rigoureuse.
Par ailleurs, cette affaire met la pression sur le gouvernement allemand du chancelier Friedrich Merz pour accélérer l'élaboration d'une loi sur les violences numériques, notamment liées aux deepfakes. « J'attends des peines plus sévères en Allemagne, pour faire comprendre aux coupables que ce n'est pas acceptable ! », a-t-elle affirmé.
Le soutien public et le chemin de la reconstruction
Après avoir partagé son histoire dans l'hebdomadaire Der Spiegel le 21 mars, Collien Fernandes a suscité un élan de solidarité, avec des dizaines de milliers de manifestants à travers l'Allemagne. Cependant, elle a aussi reçu des menaces de mort, illustrant les risques encourus par les victimes qui osent parler.
Pour se reconstruire, l'actrice suit une thérapie intensive et souligne que de nombreuses autres victimes de violences numériques développent des troubles de stress post-traumatique. Elle exprime son admiration pour Gisèle Pelicot, dont la force l'a inspirée à porter plainte et à devenir une voix pour les victimes moins visibles. « J'aimerais beaucoup la rencontrer », a-t-elle conclu, espérant que son combat contribuera à une prise de conscience collective sur les dangers des abus technologiques.



