Le destin de la collection de 1 600 animaux naturalisés d'un taxidermiste bordelais en jeu en appel
Collection de 1 600 animaux naturalisés : le taxidermiste en appel

Le sort de 1 600 animaux naturalisés suspendu à une décision de justice

André Rouillon, un taxidermiste bordelais de près de 80 ans, et son ancienne élève Stéphanie Barthes, artiste performeuse, comparaissaient ce jeudi devant la cour d'appel de Bordeaux. Ils avaient été condamnés en première instance, en 2022, à six mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel pour avoir détenu, utilisé et commercialisé des espèces protégées sans autorisation. L'enjeu principal de cette audience d'appel était la restitution de l'impressionnante collection du vieil homme, constituée de près de 1 600 animaux naturalisés.

Une collection exceptionnelle et controversée

La collection d'André Rouillon comprend des spécimens rares et variés : singes, tigres, zèbres, flamants roses, tortues et bien d'autres. Il a fallu plusieurs mois aux fonctionnaires de l'Office français de la biodiversité (OFB) pour en dresser l'inventaire complet. Le taxidermiste, internationalement reconnu dans son domaine, tente de convaincre la cour de prononcer une décision plus clémente et surtout de revenir sur la confiscation des animaux, prononcée par le tribunal de première instance.

Les origines de l'affaire

L'affaire a éclaté en 2017 lorsque Stéphanie Barthes a acheté un tigre mort à un cirque, transaction qu'elle a elle-même qualifiée d'illégale, réalisée « au cul du camion ». Cette acquisition a attiré l'attention des autorités judiciaires. Les agents de l'OFB ont ensuite enquêté sur la boutique de Caudéran, où l'ancienne élève des Beaux-Arts associait taxidermie et performances artistiques, se faisant parfois photographier nue dans des carcasses d'animaux. Ils ont constaté que la collection accumulée par André Rouillon ne disposait pas des autorisations nécessaires pour des espèces protégées, dont la détention, même après la mort, est strictement réglementée.

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Les arguments de la défense et de l'accusation

Devant la cour, André Rouillon a plaidé son innocence en affirmant : « Avant 1981, ce n'était pas protégé », faisant référence à la réglementation sur les espèces. La présidente de la cour, Cécile Ramonaxto, lui a rétorqué : « Vous n'avez pas constitué toute votre collection avant 1981, d'autant que la détention est également interdite ». Le taxidermiste a également juré n'avoir jamais « vendu » une pièce, se contentant de réaliser des « prestations », et a expliqué avoir cédé les clés de sa boutique à Stéphanie Barthes en 2012, tout en continuant à y venir régulièrement pour donner des conseils.

L'avocat de la Sepanso, association de protection de l'environnement partie civile, Me François Ruffié, a dénoncé « une vision anthropique de la nature » dans les activités des deux prévenus, soulignant que « l'humain n'a pas à s'approprier la mort de la nature et encore moins à en faire un commerce ». L'association réclame 10 000 euros de dommages et intérêts.

L'avocate générale a, quant à elle, reconnu qu'André Rouillon n'était « pas un trafiquant d'espèces » et était « un puits de science en taxidermie », mais a insisté sur le fait que « quand on est passionné d'un domaine aussi surveillé, on ne peut faire preuve de négligence ». Elle a demandé la confirmation des peines et le maintien de la confiscation de la collection, qui pourrait éventuellement atterrir dans un musée.

Les plaidoiries des avocats de la défense

Me Christian Blazy, l'avocat de Stéphanie Barthes, a défendu sa cliente en arguant que son intention était de faire de l'art, même si cet art pouvait être mal compris, et qu'elle n'avait « rien gagné » financièrement, ses activités étant « du tout petit ». Pour André Rouillon, Me Éric Visseron a plaidé que « l'esprit de la loi, c'est d'éviter que l'on tue des animaux pour les naturaliser », et qu'il ne fallait pas mettre sur le même plan des animaux morts qui leur étaient amenés, dont ils n'étaient pas à l'origine de la destruction.

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La cour d'appel de Bordeaux rendra son arrêt le 27 mai, décidant ainsi du sort pénal des deux prévenus et, surtout, du destin de cette collection unique de 1 600 animaux naturalisés, entre restitution, confiscation ou donation à une institution muséale.