Mattias Guyomar, président de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), et Sébastien Biancheri, juge monégasque à la CEDH, ont rencontré le prince Albert II le 25 juin 2026 à Monaco, dans le cadre de la présidence monégasque du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe. Ils ont participé à un colloque sur la justice européenne.
Une érosion de l'adhésion au système démocratique
Interrogé sur les défis actuels, Mattias Guyomar a déclaré : « Nous constatons une érosion croissante de l'adhésion au système qui est issu de la Deuxième Guerre mondiale. C'est très préoccupant. » Il a souligné que le modèle de démocratie libérale, de séparation des pouvoirs et de respect des droits humains, qui semblait consensuel après la chute du mur de Berlin, est aujourd'hui remis en question. « Nous vivons un moment de bascule, avec le retour de la guerre en Europe et des attaques contre les juges », a-t-il ajouté.
Les armes du droit face au chaos
Pour répondre à ces menaces, Guyomar mise sur la pédagogie et la force du droit : « Comment répondre au chaos du monde de manière plus efficace et plus apaisée que par la justice ? » Il insiste sur la nécessité de « redonner l'appétit pour les droits de l'homme » et d'embarquer les citoyens dans une aventure collective, car « si les gens ne soutiennent pas le système, alors le système s'effondre ».
L'Europe comme pôle de stabilité
Guyomar voit dans l'Europe un « pôle de stabilité » dans le monde, malgré les remises en cause. Il appelle à lutter contre le relativisme et à préserver l'héritage démocratique. « La clé de la démocratie et de la paix dans le monde, c'est cette capacité de créer du commun dans le respect de ce qui nous différencie », a-t-il affirmé.
L'impact de la CEDH sur Monaco
Sébastien Biancheri, élu en 2025 pour représenter Monaco, a souligné que depuis l'adhésion de la Principauté à la Convention en 2006, les institutions monégasques ont montré une « appétence rapide » pour invoquer la Convention. Les décisions de la Cour ont influencé le processus législatif et les pratiques judiciaires, sans révolution mais avec des évolutions. « La prise en compte des arrêts de la Cour concernant d'autres pays peut avoir une influence pour Monaco », a-t-il précisé.
Un nombre constant d'affaires contre Monaco
Concernant les dossiers contre Monaco, Biancheri a indiqué qu'il n'y a pas de recrudescence : au début de l'année 2026, 18 affaires étaient pendantes, contre 13 aujourd'hui. Beaucoup sont déclarées irrecevables pour non-épuisement des voies de recours internes. « Il y a un intérêt car la Cour est identifiée auprès des acteurs de justice à Monaco », a-t-il ajouté.
La CEDH comme recours individuel
Biancheri a insisté sur le rôle de la Cour dans les dossiers individuels, répondant ainsi aux eurosceptiques : « Ce n'est pas une Cour qui légifère à la place des États. » Il a noté que sur des questions touchant à l'intime, comme l'orientation sexuelle, la marge d'appréciation des États est réduite, et un consensus européen peut conduire à une condamnation en cas d'ingérence.
Le dialogue entre juges de 46 cultures
Interrogé sur l'expérience d'être juge à la CEDH, Biancheri a expliqué que les juges sont élus au titre d'un État mais ne le représentent pas. « On devient un juge international chargé de contrôler le respect de la Convention. On apporte son expérience et sa culture juridique. » Avec un an de mandat, il se dit « émerveillé » de pouvoir dialoguer avec des collègues de 46 cultures différentes.



