La justice ouvre la voie à l'inhumation d'Henryane de Chaponay dans la chapelle royale de Dreux
Henryane de Chaponay, décédée en octobre 2019 à l'âge de 95 ans, était une figure marquante de la noblesse française et du militantisme altermondialiste. Descendante directe de Louis-Philippe, dernier roi des Français (1830-1848), elle avait exprimé le souhait que ses cendres reposent auprès de ses grands-parents dans la chapelle royale Saint-Louis de Dreux, en Eure-et-Loir. Ce monument historique, revisité par Viollet-le-Duc et orné de vitraux d'Ingres et Delacroix, abrite les sépultures de la famille d'Orléans et des Bourbon-Penthièvre.
L'opposition du comte de Paris et les rebondissements judiciaires
Le prince Jean d'Orléans, comte de Paris et chef de la famille Orléans, s'était fermement opposé à cette demande depuis le décès d'Henryane de Chaponay. Son refus reposait sur l'argument qu'elle ne possédait pas le titre de princesse de la maison de France, bien qu'elle fût de sang royal. Les exécuteurs testamentaires de la défunte, surnommée la « comtesse rouge » pour son engagement auprès du CCFD-Terre solidaire et son militantisme altermondialiste, avaient alors engagé des poursuites judiciaires.
Après avoir été déboutés en première instance puis en appel, ils ont persisté, conduisant à un arrêt majeur de la Cour de cassation ce mercredi 15 avril. La plus haute instance judiciaire de la République a cassé la décision qui validait le refus d'inhumation, estimant que la cour d'appel avait dénaturé les termes clairs et précis de l'ordonnance royale de 1843 de Louis-Philippe.
Une interprétation erronée de l'ordonnance fondatrice
La cour d'appel s'était appuyée sur une phrase du préambule de l'ordonnance pour juger que la sépulture était réservée aux princes et princesses de la famille du roi. Cependant, la Cour de cassation a souligné que la volonté de Louis-Philippe était d'ouvrir la nécropole familiale à tous ses descendants, sans restriction de titre. Me Jean-Jacques Neuer, avocat des exécuteurs testamentaires, s'est réjoui de cette décision, affirmant : « En droit, on ne peut pas changer les volontés du fondateur de la sépulture ».
Il a exprimé un « sentiment de justice » pour Henryane de Chaponay, dont « toute la vie a été conduite par une haute opinion de ce qu'était l'aristocratie et une grande noblesse d'âme ». La défense du comte de Paris, sollicitée par l'AFP, n'a pas donné suite dans l'immédiat. La cour d'appel devra désormais se prononcer à nouveau sur le fond de l'affaire, suite à cette cassation.
Le parcours remarquable d'Henryane de Chaponay
Née en 1924, Henryane de Chaponay était la fille d'Antoine de Chaponay, marquis de Chaponay-Morancé, et de la princesse Geneviève d'Orléans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle s'était engagée dans l'aviation libre, formant de jeunes officiers et entamant une vie de voyages et de dévouement international. Son engagement pour la planète et son militantisme altermondialiste lui ont valu le surnom de « comtesse rouge ».
En hommage à sa personne, le rosiériste Pierre Orard avait même créé une rose à son nom. Sa volonté de reposer dans la chapelle royale de Dreux reflète son attachement à ses racines aristocratiques, malgré son engagement progressiste. Cette affaire met en lumière les tensions entre traditions nobiliaires et interprétations juridiques modernes, dans un contexte où la justice française réaffirme le respect des volontés testamentaires historiques.



