Les avocats bordelais en grève contre le « plaider coupable » criminel de Darmanin
Avocats en grève contre le plaider coupable criminel

Une mobilisation historique des avocats bordelais contre la réforme de la justice

Ce mercredi 1er avril, une mobilisation rare a rassemblé environ 200 avocats dans les locaux du Barreau de Bordeaux, le cinquième de France en importance. Cette réunion exceptionnelle a débouché sur un mouvement tout aussi inhabituel : une grève totale et dure annoncée jusqu'au 13 avril. Stéphane Guitard, le bâtonnier, explique : « Nous suivons un mouvement national initié par un vote à la conférence des bâtonniers vendredi dernier. Et c'est notable d'arriver à la grève chez nous ! »

Le projet de loi Darmanin au cœur du conflit

La cause de cette colère professionnelle est le projet de loi déposé par le ministre de la Justice Gérald Darmanin, qui vise à réformer profondément la justice pénale. Le contexte est marqué par une surcharge des audiences criminelles, avec des délais de jugement qui s'allongent démesurément. Pour y remédier, le garde des Sceaux propose d'instaurer le « plaider coupable » en matière criminelle, une procédure déjà existante pour les délits.

Ce mécanisme permettrait aux mis en cause d'accepter leur culpabilité en échange d'une procédure accélérée, sans procès. L'objectif affiché est d'accélérer les procédures et de désengorger les juridictions. Cependant, les avocats bordelais rejettent catégoriquement cette approche.

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Une réforme jugée « incohérente et dégradante »

Les avocats se défendent de toute motivation corporatiste. Marie Tastet, vice-bâtonnière, souligne : « Cette réforme ne touche pas vraiment la profession, elle touche la philosophie même de notre métier et les justiciables. C'est pour eux que nous nous mobilisons, et pour le respect des libertés fondamentales et des droits de la défense. »

Le plaider coupable est décrit comme une procédure « incohérente et dégradante » qui affaiblirait le jury populaire, un héritage précieux de la Révolution de 1789. De plus, la place des victimes serait considérablement réduite. Me Tastet ajoute : « La réforme entraîne un bâillonnement de leur parole », se présentant comme la « sentinelle de l'État de droit ».

Les fondements de la justice criminelle remis en cause

Les élus du barreau résument leur opposition : « Ce projet de loi, sous couvert de simplification, remet profondément en cause les fondements de la justice criminelle. Nous ne pouvons accepter une justice où la rapidité prime sur l'équité et la recherche de la vérité. Nous disons non à l'ubérisation de la justice ! »

En conséquence, tous les avocats sont invités à demander le renvoi des audiences pénales, civiles, commerciales et administratives. Une manifestation est organisée ce jeudi 2 avril à 13h30 devant la cour d'appel de Bordeaux, avec une revendication unique : le retrait « pur et simple » de la réforme Darmanin.

La défense du ministère de la Justice

Le ministère de la Justice défend fermement son projet : « Ce projet de loi est avant tout pensé pour les victimes, il ne retire de droit à personne, ni aux prévenus, ni aux victimes. Il offre une nouvelle voie pour juger les infractions criminelles et permettra une issue plus rapide sans pour autant juger moins bien. »

Le ministère précise que cette nouvelle procédure ne sera pas obligatoire. Elle nécessitera l'accord de la victime, du prévenu et du parquet, et ne supprimera ni la cour d'assises ni la cour criminelle départementale. Malgré ces assurances, les avocats maintiennent leur opposition farouche, craignant une dérive vers une justice expéditive au détriment des garanties fondamentales.

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